Portraits

Nicolas Guillas
Nathalie Bonvallot
40 ans

Enseignant-chercheur en toxicologie appliquée à la santé publique

Interviewée à l’Ehesp(1) par Nicolas Guillas.

« Exposées à des substances chimiques, même à faible dose, nos cellules se modifient. »

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Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheur ?

Je suis enseignant-chercheur seulement depuis 2008. J'étais avant responsable à l'Anses(2) de projets sur les risques sanitaires liés aux substances chimiques, contenues dans les produits ménagers, les solvants de peinture ou les pesticides. Je serais restée dans ce domaine en tout cas. L'enseignement compte aussi pour moi. J'aimerais également travailler dans des associations, pour sensibiliser le public.

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Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?

Quand nous sommes exposés à des substances chimiques, même à faible dose, nos cellules modifient leur comportement pour s'adapter. J'ai mis en évidence ces modifications métaboliques chez des populations, en milieu rural, plus exposées que d'autres à des pesticides. Je développe aussi des approches d'évaluation des risques, pour que les mélanges de substances soient mieux pris en compte dans les politiques publiques.

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Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?

Oui, au début ! Ma sœur m'a transmis une offre d'emploi. Elle ne pouvait pas y répondre, car elle n'avait pas fini sa thèse. J'ai alors été embauchée à l'INVS(3), où j'ai commencé à travailler dans ce milieu.

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Qu’avez-vous perdu ?

Rien. J'ai tout gagné. En plus, je suis venue à Rennes. Que demander de plus ? J'ai gagné une belle qualité de vie, un travail très intéressant et des enfants !

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Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?

Que l'exposition à faible dose à des substances chimiques qui nous entourent est responsable des pathologies modernes, comme les troubles cognitifs, le cancer, l’obésité ou le diabète. Elle y contribue, sans doute... J'aimerais aussi ne pas trouver, chez les gens, trop de produits chimiques utilisés, pour le nettoyage.

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Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?

Trouver des métabolites, c’est-à-dire des molécules issues de nos cellules, qui seraient des marqueurs spécifiques de notre exposition aux produits chimiques. Compte tenu de la complexité des expositions, nous ne pouvons pas toutes les mesurer aujourd’hui. Nous pourrions alors agir chez les populations les plus vulnérables, en réduisant ces expositions au mieux.

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Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?

Ça ne m'est jamais arrivé ! Je dois être très rationnelle.

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Propos recueillis par
Nicolas Guillas
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