Entre consultations et labo

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octobre 2017
Maryse Chabalier
Lise Boussemart est dermatologue et chercheuse à l'Institut de génétique et développement de Rennes.

Rencontre avec une dermatologue spécialiste des cancers de la peau qui a trouvé sa vocation au gré des expériences.

Lise Boussemart partage son temps entre l’Université de Rennes 1(1), où elle mène des recherches sur le mélanome et le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Pontchaillou, où elle exerce comme dermatologue. « J’aime cette double approche du problème. D’un côté celle du médecin, auprès des patients, avec qui l’on combat la maladie concrètement au jour le jour, avec les outils de la médecine d’aujourd’hui, et de l’autre celle du chercheur, où il faut mieux comprendre la maladie et essayer de trouver de meilleures solutions pour demain », témoigne-t-elle.

Les enfants et les personnes âgées

Elle a découvert l’univers de la recherche un peu par hasard, lors d’un stage de troisième année de médecine aux États-Unis.

« Au début, j’y étais plus allée pour parler anglais », avoue-t-elle. D’autres stages lui feront trouver sa voie, pas forcément celle qu’elle envisageait en commençant ses études de médecine à l’Université Paris 13. La dermatologie, d’abord, « une discipline beaucoup plus intéressante et diversifiée que je n’imaginais : elle peut concerner aussi bien les enfants que les personnes âgées, avec des cas graves et d’autres moins. » Puis la cancérologie, à l’Institut Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne). C’est là qu’elle commence à travailler sur les effets secondaires des thérapies ciblées contre le mélanome. « Le centre accueille des patients de toute la France ; ils furent les premiers à bénéficier de thérapies ciblées, en 2010 », explique-t-elle. Lorsque l’Université de Rennes 1 lui propose en 2015 un poste de médecin-enseignant-chercheur en oncodermatologie qui correspond à son profil, elle n’hésite pas et quitte la région parisienne.

Au sein de l’équipe Expression des gènes et oncogenèse, dirigée par Marie-Dominique Galibert (lire ci-contre), elle poursuit actuellement ses travaux pour réduire les effets secondaires des thérapies ciblées, tout en testant une méthode de détection du mélanome à l’aide de prises de sang (lire encadré).

Un autre sujet lui tient à cœur : l’égalité homme-femme. Elle a reçu en 2016 une bourse de la Society For Investigative Dermatology, afin de valoriser le travail des femmes en dermatologie. « Nous avons tous des préjugés inconscients. Par exemple, même une femme va avoir tendance à proposer un homme plutôt qu’une femme pour intervenir dans un colloque. Depuis que j’ai reçu ce prix, je fais plus attention à encourager une jeune femme brillante », conclut-elle.

Détecter le mélanome dans le sang

Le suivi de l’évolution des tumeurs avec des prises de sang est déjà pratiqué pour les personnes atteintes du cancer des poumons. Les chercheurs rennais souhaitent adapter la méthode au mélanome. « Lorsque les cellules tumorales meurent, elles libèrent leur ADN dans le sang, explique Lise Boussemart. Chaque mélanome a une “carte d’identité propre”, les mutations dues aux UV (la cause principale du mélanome) sont caractéristiques, mais d’une personne à l’autre, leur emplacement sur les gènes diffère. » La méthode de détection ne sera donc utilisable que dans les cas de récidive, quand on connaît déjà l’ADN du mélanome. Elle présente deux avantages : tout d’abord, si la détection est suffisamment sensible, elle pourrait permettre de prévenir une rechute alors que la tumeur est encore trop petite pour être détectée au scanner. Deuxièmement, une simple prise de sang pourrait confirmer la nature d’une grosseur. « Le mélanome a une forte capacité de dispersion, il peut se propager dans tous les autres organes. Lorsque l’on découvre une masse suspecte chez une personne qui a déjà eu un cancer de la peau, il faut vérifier s’il s’agit d’un mélanome, d’un autre cancer ou d’autre chose encore. » Actuellement cette identification se fait par prélèvement de tissu, une opération délicate, surtout lorsque la tumeur potentielle se trouve dans le cerveau ou près du cœur. L’équipe a pour l’instant comparé les deux méthodes chez quatre patients. Les résultats obtenus ont été identiques.

Renseignements : 
Lise Boussemart tél. 02 23 23 75 80 lise.boussemart@univ-rennes1.fr

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