La nuit on dort... ou pas

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janvier 2018
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À l’hôpital, des consultations, voire des unités spéciales, sont dédiées aux troubles du sommeil, en augmentation.

Difficultés à s’endormir, réveils fréquents, mauvaise nuit... De plus en plus de personnes se plaignent de troubles du sommeil. Les répercussions se font sentir jusqu’en journée avec la fatigue, voire des endormissements. Ces troubles ont deux grandes causes : neuropsychologique ou pneumologique. La première concerne les pathologies neurologiques : le syndrome des jambes sans repos (agitation des jambes la nuit), la narcolepsie (forte somnolence en journée, pertes brutales du tonus musculaire...) et les syndromes psychologiques (anxiété, dépression...). La seconde correspond à des irrégularités de la respiration (apnée du sommeil).

Des enregistrements, pour tout capter

Le diagnostic est posé par des spécialistes qui, au-delà d’un échange avec leur patient en consultation, recourent souvent à des enregistrements du sommeil. Ces examens, pratiqués à domicile ou dans un hôpital, détaillent une kyrielle d’indicateurs. À Quimper, au Centre hospitalier de Cornouaille, quatre nouveaux patients se prêtent chaque nuit à ces enregistrements dans des chambres dédiées, sous le contrôle d’une infirmière coordinatrice. Ils s’endorment avec des capteurs « devant les narines (débit d’air), sur le thorax et l’abdomen (efforts respiratoires), le cou (ronflements), le poignet (mouvements), le doigt (taux d’oxygène dans le sang), ainsi que sur la tête, les paupières, le menton (stades de sommeil) et les jambes (mouvements périodiques) », liste Nicolas Bizien, responsable du service pneumologie de l’hôpital. Au réveil, toutes les données sont analysées. Si le problème n’est pas d’ordre respiratoire, le patient est orienté vers les spécialistes ad hoc. Au Chu de Brest(1), il existe même une unité dédiée à ces explorations fonctionnelles. Ce centre du sommeil est piloté par une neurologue et un neuropédiatre qui s’intéressent donc davantage au volet neuropsychologique.

La part comportementale

« Beaucoup des patients qui viennent nous consulter le font pour des insomnies », précise Émeline Le Cadet, la neurologue brestoise. Ce symptôme est fréquemment lié à de l’anxiété ou à une dépression. Lorsqu’il s’agit d’anxiété, nous constatons souvent un conditionnement négatif, c’est-à-dire que le lit et le coucher deviennent anxiogènes. » Je m’angoisse donc je ne dors pas. Je sais que je ne vais pas dormir et cela m’angoisse. Il faut alors détricoter la boucle. « Nous constatons aussi que de plus en plus de jeunes se plaignent d’avoir du mal à s’endormir et surtout de souffrir de somnolence en journée. En les questionnant, nous nous rendons compte que cela est lié à leur mode de vie. Ils regardent la télé dans leur chambre, ou suivent leurs séries, au lit, sur une tablette. Ils ne savent même pas dire à quelle heure ils ont éteint leur écran et ne perçoivent pas en quoi ces pratiques jouent sur leur sommeil. » Émeline Le Cadet et son collègue leur rappellent quelques repères : nous avons tous besoin en moyenne de sept heures et demie de sommeil par jour. Nous coucher et nous réveiller à des heures régulières renforce l’horloge biologique interne qui régule les rythmes circadiens. « Souvent il suffit de reprendre les règles d’hygiène de vie et de bon sens », conclut la neurologue. En quelque sorte, de remettre les pendules à l’heure.

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Michèle Le Goff

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