La vie dans le noir des abysses

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janvier 2018
Crabe Anamathia rissoana
Ifremer

Les animaux des océans profonds ont développé leurs stratégies pour vivre dans un environnement privé de lumière.

Certains n’ont plus besoin de voir, d’autres de manger. Les animaux vivant dans les océans profonds se sont adaptés à leurs conditions de vie, avec logique. À 300 m de profondeur, il passe moins de 1 % de la lumière du soleil. Et, sous 1000 m, c’est le noir.

Quels rythmes biologiques ?

Audrey Mat étudie la chronobiologie des organismes marins, c’est-à-dire l’influence des cycles du Soleil, des marées, de la Lune et d’autres facteurs sur leur physiologie. La biologiste effectue son postdoctorat sur ce sujet, étudié en collaboration avec le Laboratoire des sciences de l’environnement marin (Lemar)(1) et le Laboratoire environnement profond de l’Ifremer, dans le cadre du LabexMer(2).

Les cycles des animaux vivant dans les océans profonds sont encore mal connus. « Nous savons qu’il y a des cycles, mais nous ignorons comment ils sont produits : sont-ils liés à une horloge interne ou est-ce une réponse à un stimulus environnemental ? Nous ne connaissons pas non plus leurs traductions moléculaires. »

Les seules sources de connaissance sont l’observation, lors d’expéditions et les spécimens rapportés à terre. C’est peu. Pourtant, les océans profonds représentent 66 % de la surface de la planète et 93 % de la biosphère, en volume. Et quelques-uns des comportements observés sont surprenants.

La bioluminescence comme arme

Par exemple, les scientifiques estiment que 75 % des animaux marins sont capables d’émettre par eux-mêmes de la lumière. Certains le font pour se défendre, tel le vampire des abysses qui émet un flash pour désorienter ses adversaires. La production de biomucus luminescent et collant attire l’attention des prédateurs de ses adversaires. Le poisson dragon, lui, attire des proies dans sa gueule par la lumière. Pour d’autres, la bioluminescence sert, paradoxalement, de camouflage. Ainsi, le ventre du requin lanterne s’éclaire pour le rendre invisible, vu du dessous.

À l’inverse, d’autres deviennent tout noir pour se fondre dans l’environnement comme le calmar Vitronella (Teuthowenia pellucida). Quand il se sent menacé, il se recroqueville sur lui-même, se gonfle d’eau puis s’injecte de l’encre pour devenir une boule noire.

Des yeux dans la tête

Dans le noir, les animaux ont-ils besoin de voir comme nous ? Pas forcément. Aussi, certains organismes ne perçoivent pas les formes mais captent seulement les intensités lumineuses. D’ailleurs, leurs yeux sont parfois modifiés. Ceux du poisson Macropinna microstoma se trouvent carrément à l’intérieur de la tête.

Et comment se nourrissent-ils ? Lorsque la lumière ne passe plus, la photosynthèse ne peut se dérouler et les végétaux ne poussent donc pas. De nombreux animaux ont trouvé la parade. Puisqu’il n’y a plus d’aliments pour eux, ils trouvent leur énergie autrement. Une crevette, par exemple, se “nourrit”, par chimiosynthèse, de l’énergie que produisent les bactéries qui vivent dans sa tête. Elle n’a plus besoin de manger.

Ces comportements nous paraissent surprenants. Pourtant, dans leur milieu, ils sont la norme.

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Michèle Le Goff

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