Biodégradabilité : le crash test

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mars 2018
Virginie Boy mesure la vitesse à laquelle un produit se dégrade.
Julie Lallouët-Geffroy

À Pontivy, un laboratoire de l’Université Bretagne Sud teste la biodégradabilité des produits ménagers.

Naturel, biodégradable, respectueux de l’environnement, bio. Pas facile de s’y retrouver dans ces appellations ! D’autant plus qu’un mot peut cacher plusieurs réalités. Quel est le point commun entre une bouteille en plastique et une feuille d’arbre ? Les deux sont biodégradables. La bouteille se décompose en quelques centaines d’années, la feuille en quelques mois. Pour s’y retrouver, le meilleur outil réside dans les labels. Ils estampillent les produits que nous consommons, en particulier les produits ménagers.

Pour obtenir ces précieux labels, les entreprises doivent respecter un cahier des charges. Basé à Loudéac, Osmobio fabrique des produits d’entretien pour l’intérieur et le jardin. La société a confié à un laboratoire de l’Université Bretagne Sud à Pontivy le soin de réaliser des tests de biodégradabilité sur ses produits. Au sein de l’Institut de recherche Dupuy-de-Lôme, les chercheurs observent le moment où les bactéries présentes dans l’environnement rencontrent les molécules organiques, qui composent le produit. Cette rencontre provoque la décomposition du produit.

Un liquide vaisselle

De décembre à janvier, Virginie Boy, enseignante-chercheuse spécialisée dans la transformation de la matière, a étudié trois produits de l’entreprise Osmobio : un liquide vaisselle, un détartrant et un fertilisant antimousse pour le gazon. La biodégradabilité est analysée avec un “respiromètre”. Deux litres de boue, de la station d’épuration voisine de Pontivy, sont mis dans une cuve. Cinq millilitres de la substance à tester y sont incorporés. Le mélange est agité. « Vous voyez ici les résidus de boue, montre la chercheuse devant le respiromètre. Les paramètres que nous mesurons s’affichent sur l’écran : température, pH et agitation. » Virginie Boy observe si la substance est décomposée par les micro-organismes.

« Lorsque nous injectons le produit, nous observons le temps nécessaire pour que les bactéries le digèrent. Il se dégrade en molécules plus simples et plus petites. » Le résultat est sans appel : le liquide vaisselle et le détartrant sont biodégradables à des niveaux proches de 100 %. Pour l’antimousse, plus de 90 % de la substance est digérée en dix jours. Quelques jours après ce test, un autre essai est réalisé dans les mêmes conditions. Le résultat donne quasiment 100 % en sept jours : « Les bactéries se sont acclimatées », commente la chercheuse. Le test est donc passé avec succès. Dans cette étude, c’est la concentration en oxygène dissous qui est auscultée. Les bactéries ont besoin d’oxygène pour vivre : « Nous mesurons l’activité bactérienne par le suivi de leur respiration », résume Virginie Boy. Le nom de “respiromètre” s’explique ainsi.

Testé sur du gazon

Ces analyses ne sont qu’une première étape. Avant d’arriver dans les rayons, un produit labellisé “biodégradable” doit réussir plusieurs examens, dont l’expérimentation grandeur nature. Le fertilisant antimousse sera ainsi testé ce mois-ci sur du gazon. Ces tests seront réalisés par la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles de Bretagne (Fredon), à Thorigné-Fouillard, en lien avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. L’Anses pourrait ensuite délivrer l’autorisation de mise sur le marché. À l’opposé, certains produits, comme des détartrants pour toilettes, sont nocifs pour la faune ou la flore : ils n’ont pas franchi l’épreuve d’un crash test, comme celui de Pontivy, et ne sont pas labellisés “biodégradables”.

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Julie Lallouët-Geffroy

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