Téviec : la fin du casse-tête

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mars 2018
Enterrés il y a 7 400 ans, ces deux défunts n'ont pas été frappés à la tête.
Didier Descouens - cc by sa

Il n’y a pas eu de massacre sur l’île de Téviec. Un anthropologue contredit le scénario des médecins légistes.

Les crânes fracassés de deux squelettes, découverts en 1928 sur l’îlot de Téviec (Morbihan), semblaient dévoiler un double meurtre au mésolithique. Une étude, surtout connue des préhistoriens, met fin à l’énigme. En 2016, Bruno Boulestin, anthropologue à l’Université de Bordeaux, a pris en main et étudié les os de vingt-et-un individus, datés d’environ 7400 ans, répartis dans plusieurs musées(1). Ses recherches font l’objet d’un rapport scientifique complet(2). L’archéologue a aussi consacré un article dans une revue spécialisée(3) à la sépulture la plus spectaculaire de l’île.

Découverte en août 1928 par le couple Péquart, reconstituée au muséum de Toulouse en 1938, cette sépulture était au cœur de l’exposition Préhistoire(s), l’enquête, créée en 2010 à Toulouse et présentée à l’Espace des sciences en 2014. À la demande du muséum, une analyse traumatologique des deux crânes, sur lesquels des fractures étaient repérées, avait été réalisée. Les médecins légistes Norbert Telmon et Fabrice Dédouit ont conclu en 2012 que l’un des crânes avait été violemment frappé quatorze fois, l’autre douze fois, « quand ils avaient encore leurs cuirs chevelus et leurs encéphales à l’intérieur. » « Ces lésions ont été faites juste avant le décès des individus, ou juste après »(4), estimaient-ils.

L’anthropologue Bruno Boulestin, qui étudie les pratiques mortuaires du paléolithique à l’âge du fer, est quant à lui spécialisé dans l’analyse des traces laissées sur les os.

Aucune lésion

« Chez un individu vivant, ou juste après sa mort, l’os frais a des propriétés biomécaniques particulières, explique-t-il. Quand cet os devient sec, ses propriétés sont modifiées. Sa partie organique se décompose, seule reste la matrice cristalline, dure comme du caillou. L’os ne se casse plus de la même manière ! Les critères qui déterminent l’état de l’os au moment de la fracturation sont étudiés par les anthropologues, mais rarement par les médecins légistes. Sur les crânes de Téviec, aucun critère de fracturation sur os frais n’est présent. Il n’y a aucune lésion traumatique. »

Les crânes se sont donc fracturés quand la dalle de 80 kg, au-dessus de la sépulture, est tombée sur les corps décomposés. Plusieurs archéologues mettaient en doute l’hypothèse des traces violentes, développée par les médecins légistes. La seule marque de violence à Téviec, non contredite celle-là, concerne un autre individu : il a deux pointes de flèches fichées dans des vertèbres.

Un adolescent

Une seconde hypothèse de 2010 est battue en brèche par Bruno Boulestin. L’étude des os du bassin, notamment de leur croissance, montre que l’individu de gauche n’est pas une femme. C’est un adolescent qui a entre 15 et 19 ans, dont tous les os n’étaient pas soudés. L’individu à droite est une femme, de 18 à 23 ans. En comparant avec les photos de terrain de 1928, l’anthropologue note aussi que la reconstitution de 1938 est approximative : l’adolescent n’était pas à gauche, mais sous l’autre défunt. Le scénario sanglant a pris fin. Mais d’autres découvertes seront peut-être au rendez-vous, si un jour l’ADN des défunts parle.

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Nicolas Guillas

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