Mon ordinateur a noté le cours

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mars 2018
La prise de notes à l’ordinateur est fréquente, comme ici à l’Université Rennes 2. Mais ces notes sont moins synthétiques qu’avec un stylo.
Éric Jamet

Le numérique peut-il aider à la concentration ? Des chercheurs mènent l’enquête dans les amphis.

Au moment d’aller en cours, une question se pose aux étudiants. Faut-il prendre le bloc-notes ou l’ordinateur ? Plus de la moitié opte pour le numérique ! « La prise de notes sur ordinateur se développe énormément, témoigne Éric Jamet, professeur en psychologie cognitive et ergonomie à l’Université Rennes 2(1). Nous avons enquêté auprès de nos étudiants en première et troisième années de licence. Sur 265 étudiants, la moitié utilise un ordinateur en cours. » Avec l’habitude, on écrit plus vite au clavier qu’avec un stylo.

Mais la saisie à l’ordinateur ne favorise pas la mémorisation. « En plus de garder une trace externe du cours, la prise de notes à la main facilite l’encodage, en renforçant la trace en mémoire. » Cette mémorisation nécessite un effort de sélection des informations et de reformulation. Des études ont montré que les notes saisies sur ordinateur sont moins synthétiques. Elles reprennent davantage les mots de l’orateur.

Des SMS en cours

L’ordinateur est aussi une source de distraction. Les chercheurs de Rennes ont réalisé une expérience. Ils ont arrêté un cours au bout de vingt minutes et interrogé de manière anonyme les étudiants sur leurs activités. Depuis le début du cours, 60 % avaient envoyé des SMS, 30 % étaient allés sur Facebook, 12 % avaient lu leur e-mail et 60 % avaient discuté avec leurs voisins. Il n’y a pas de miracle : quand on multiplie les tâches, on comprend et mémorise moins bien le cours. L’information passe d’abord par la “mémoire de travail”, qui la conserve pendant quelques secondes. « Cette mémoire a une capacité limitée, mais c’est un passage obligé pour stocker l’information à long terme, rappelle Éric Jamet. On atteint vite une surcharge cognitive, surtout si l’apprentissage est en concurrence avec d’autres tâches. » Les étudiants ne sont pas les seuls fautifs : un diaporama trop chargé, des illustrations inutiles, un enseignant qui parle trop vite ou introduit trop de notions... et c’est la surcharge cognitive qui guette.

Tirer parti du numérique

Séverine Erhel, maître de conférences dans l’équipe, veut tirer profit des réseaux sociaux pour motiver les étudiants. « Je coordonne un projet autour de leur usage pédagogique. Nous avons créé un compte Twitter pour des étudiants de psychologie cognitive. Chaque semaine, nous avons publié du contenu. Par exemple, pendant un chapitre sur la perception visuelle, nous avons posté des illusions d’optique et des liens vers des articles sur le sujet. » Revoir des notions abordées en cours devrait permettre de réactiver les connexions en mémoire et de mieux les maîtriser. Les résultats de l’étude sont en cours d’analyse. D’autres pistes sont explorées pour tirer parti du numérique. Un doctorant de l’équipe, Jonathan Fernandez, a testé l’utilisation de quiz lors de cours en ligne. Quand les questions sont posées au cours de la séance, les apprenants lisent moins vite et prennent le temps de relire certains passages. Une stratégie gagnante : ils retiennent 40 % d’informations en plus. « L’intérêt des quiz numériques est que l’on peut savoir en temps réel quand on s’est trompé, et changer sa stratégie d’apprentissage », note Éric Jamet.

Concentration intense

La motivation et la concentration sont des éléments importants. C’est l’intérêt des jeux vidéo pédagogiques ou jeux sérieux(2) : « Les jeux vidéo ont tendance à créer ce que l’on appelle un “état de flow”, décrit Séverine Erhel. C’est un état de concentration intense, lorsque l’on fait une activité qui nous passionne. » La chercheuse a montré que lorsque le but annoncé est d’apprendre, et non de jouer, l’apprentissage est meilleur. Le numérique peut perturber, ou faciliter l’apprentissage. Tout est une question d’utilisation !

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Maryse Chabalier

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