Contrer la mort des cellules

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avril 2018
À Rennes, Marie-Thérèse Dimanche-Boitrel teste des molécules contre la mort cellulaire.
Maryse Chabalier

Des chercheurs de Rennes et Roscoff ont trouvé des molécules pour combattre des maladies, dont l’infarctus.

La mort cellulaire contribue au bon fonctionnement de l’organisme, en éliminant les cellules défectueuses. Mais sa trop forte activation peut détruire les tissus et être à l’origine de nombreuses maladies. Des chercheurs de Rennes et de Roscoff s’intéressent à un type particulier de mort cellulaire, la nécroptose : « Elle est en cause dans l’arthrite rhumatoïde, le psoriasis(1), les maladies neurodégénératives, les ischémies(2), l’hépatite ou encore la DMLA(3) », explique Marie-Thérèse Dimanche-Boitrel, directrice de recherche Inserm à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail, à Rennes(4). La nécroptose est déclenchée par l’activation de plusieurs protéines. Au final, la membrane cellulaire est endommagée et la cellule se vide de son contenu. Pour empêcher ce processus, les scientifiques ont cherché des molécules capables de bloquer l’une des protéines qui l’active. Ils ont puisé dans l’immense collection de molécules conservée à la Station biologique de Roscoff.

 

À Roscoff, Stéphane Bach est responsable d’une collection de plusieurs milliers de molécules.
Bernard de Kerdel

 

Deux molécules
« Nous avons testé 10000 molécules, indique Stéphane Bach, ingénieur de recherche CNRS à la Station biologique de Roscoff. Nous les avons testées sur des cultures de cellules, en présence ou non d’un inducteur de mort cellulaire. » Le premier test sert à vérifier l’efficacité de la molécule à empêcher la nécroptose, le second évalue sa toxicité. Deux familles de molécules ont été capables d’empêcher la mort cellulaire. Elles ont fait l’objet de brevets et de publications scientifiques(5). La première, la sibiriline (du nom de la commune de Sibiril, non loin de Roscoff), était conservée depuis 2003 dans les collections de la station. C’est une molécule de synthèse. La seconde, nommée 6E11, est un dérivé d’une molécule naturelle, produite par le peuplier noir. Elles agissent toutes les deux sur l’une des protéines impliquées dans le déclenchement de la nécroptose. En plus des tests in vitro, la sibiriline a été testée avec succès à Rennes chez des souris atteintes d’hépatite induite.

Non seulement les deux inhibiteurs empêchent la survenue de la nécroptose, mais ils sont aussi capables de la stopper jusqu’à quatre heures après son déclenchement ! Ce résultat prometteur pourrait s’appliquer au traitement de patients victimes d’infarctus, provoqué par la nécroptose. Pour l’instant, les chercheurs, aidés de chimistes de l’Université Claude-Bernard à Lyon, modifient les deux molécules pour en faire des dérivés plus efficaces et moins toxiques.

Conservation d’organes
Deux applications sont au cœur de leur recherche : une forme rare d’hépatite et la conservation d’organes dans le cadre de transplantations. Les deux scientifiques ont présenté leurs découvertes lors du congrès Gen2Bio. Cet événement annuel était organisé à Rennes le 22 mars par le réseau de plates-formes technologiques Biogenouest(6), qui réunit les acteurs des biotechnologies du grand Ouest.    

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Maryse Chabalier

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