Aider à la décision

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avril 2018
Située en Ille-et-Vilaine, la réserve naturelle régionale du marais de Sougéal fait partie de la Zone atelier Armorique. Étendue sur 175 hectares, cette zone humide tient une place de premier ordre au sein des écosystèmes du bassin versant du Couesnon et de la baie du Mont-Saint-Michel, distante de dix kilomètres.
Thomas Houet

Des chercheurs élaborent un outil d’évaluation des effets des changements des paysages sur les socio-écosystèmes.

Toute modification des paysages liée aux aménagements urbains, aux pratiques agricoles ou au changement climatique a des répercussions sur la biodiversité et ses habitats. « L’objectif du projet européen Interreg Alice, qui regroupe des scientifiques rennais, brestois, irlandais, espagnols et portugais, est d’aider les gestionnaires à mieux comprendre et anticiper ces effets sur leur territoire, grâce à une plate-forme logicielle de modélisation libre d’utilisation sur le Web », annonce Cendrine Mony, maître de conférences en écologie du paysage(1) à l’Université de Rennes 1. Cette ambition exige de savoir comment croiser des données socio-économiques, géographiques et écologiques. « Nous utilisons les connaissances acquises depuis 20 ans sur le bassin versant du Couesnon de la Zone atelier Armorique. Nous en extrayons les indicateurs (biodiversité, productivité des écosystèmes) les plus pertinents pour révéler ces conséquences en cascade. »

Dessiner les paysages du futur
« L’idée est de donner à voir, sur des cartes, les effets sur les paysages et les écosystèmes de scénarios prospectifs tels que ceux proposés par le Giec(2) », précise Thomas Houet, directeur de recherche CNRS en géographie et modélisation prospective au sein du LETG(3) à l’Université Rennes 2. Prenons les cas de développements futurs en faveur d’une plus forte libéralisation ou d’une régionalisation à l’horizon 2040-2050. « Nous chercherons à savoir, avec les acteurs locaux, comment ces projections macroéconomiques se traduiraient sur leur territoire : plus d’agriculture intensive, “bio” ou diversifiée ? Quid de l’urbanisation : concentration, ou étalement contrôlé ? Une fois ces scénarios traduits sous forme de cartographies, notre outil utilisera ces données pour évaluer, à l’échelle du bassin versant ou d’une zone plus réduite, les conséquences à venir des changements paysagers sur la qualité de l’eau, la connectivité des milieux naturels, la biodiversité... » Il sera possible de combiner ces facteurs anthropiques avec des scénarios de changement climatique. L’anticipation de ces effets multiples permettra aux collectivités, syndicats de bassin versant et organisations professionnelles de définir des stratégies de gestion adaptées. Autant de solutions qui influenceront l’ensemble du continuum Terre-Mer !

Juger de l’utilité de la nature
Une fois ces scénarios modélisés et leurs impacts possibles évalués, les décideurs devront choisir d’investir, ou non, dans la protection de l’écosystème en question.
« Chaque élément écologique rend des “services écosystémiques” à l’homme. Il importe de montrer à un maire en quoi cette tourbière ou cette forêt (pièges à carbone, exploitation du bois, maintien de la biodiversité, valeur paysagère...) est importante pour sa commune, avise Denis Bailly, économiste au Centre de droit et d’économie de la mer Amure(4) à l’Université de Bretagne Occidentale, investi dans la dimension politique du projet. Nous travaillons à la création d’un guide méthodologique d’aide à la décision, expliquant comment intégrer les connaissances scientifiques d’une zone, ses services rendus et les points de vue des parties prenantes (syndicat du bassin versant, forestiers, parcs naturels, associations de chasseurs, pêcheurs...). » C’est tout l’intérêt de ces projets pluridisciplinaires : ne jamais dissocier la nature et l’humain !

Des laboratoires à ciel ouvert

Il existe en Bretagne deux territoires labellisés Zones ateliers (ZA) par le CNRS et affiliés au réseau LTER-Europe(5). Les scientifiques y mènent, sur le long terme, des recherches pluridisciplinaires sur l’influence des activités humaines sur les écosystèmes, en partenariat avec les acteurs locaux. Ces travaux viennent en soutien aux décisions prises dans le cadre de l’action publique. Intégrant l’ensemble du département d’Ille-et-Vilaine, la ZA Armorique s’attache à comprendre le fonctionnement et l’évolution des relations entre paysages agricoles et urbains, biodiversité ordinaire et services écosystémiques. La ZA Brest Iroise, elle, s’intéresse au socio-écosystème côtier à travers quatre enjeux : la vulnérabilité face aux risques côtiers, les transferts terre-mer et leurs conséquences socio-écosystémiques, la conservation de la biodiversité et la gestion des usages, les relations entre sciences et société.

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Julie Danet

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