Des réactions en chaîne

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avril 2018
Écloserie de Tinduff
Environ 3 millions de jeunes coquilles Saint-Jacques, produites à l’écloserie du Tinduff, sont semées chaque année en rade de Brest, puis pêchées à taille commerciale soit à 11 cm.

Dans la rade de Brest, la coquille Saint-Jacques se fait rare. Un problème pour les pêcheurs mais aussi pour le maërl !

La collaboration entre les pêcheurs de coquilles Saint-Jacques et les scientifiques ne date pas d’hier en rade de Brest. Ensemble, ils cherchent des solutions aux problématiques qui pénalisent cette activité professionnelle et menacent l’équilibre de l’écosystème.

Des coquilles en berne
Après l’hiver 1962, particulièrement rigoureux, les stocks de coquilles de la rade de Brest s’effondrent ; les quantités pêchées tombent à 30 tonnes par an dans les années 70, contre 2000 dans les années 50. Pour restaurer le stock, l’écloserie du Tinduff est créée en 1983. Elle assure aujourd’hui 30 à 60 % de la pêche en rade. « Si ce mode d’exploitation original est un succès, ces derniers temps, le bivalve est en proie à d’autres ennuis : prédation par les étoiles de mer et les dorades, compétition avec les crépidules, contamination par des phytoplanctons toxiques », constate Olivier Ragueneau, directeur de recherche CNRS, biogéochimiste marin à l’Institut universitaire européen de la mer à Plouzané et porteur du projet Semer(1), au sein du réseau pluridisciplinaire international ApoliMer(2). « Les blooms d’algues toxiques rendent les coquilles impropres à la consommation pendant de longs mois, obligeant les professionnels à se rabattre sur d’autres coquillages, notamment les praires », explique-t-il. Les dragues utilisées sont accusées de détruire le maërl, ces algues calcaires rouges qui forment des bancs très riches en biodiversité.

Quelles solutions trouver à ces problèmes ? C’est tout l’enjeu du projet interdisciplinaire Semer, mené au cœur de la Zone atelier Brest Iroise. « Une première réunion avec les parties prenantes a permis d’ouvrir un espace de discussion, dans le but de développer des plans d’action avec les pêcheurs de la rade, basés sur des scénarios de diversification des activités de pêche/aquaculture pour lesquels nous mènerions les expérimentations socio-écologiques ad hoc », poursuit Olivier Ragueneau.

En parallèle, le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Bretagne a cherché, avec le projet Decider(3), à évaluer les effets réels sur le maërl des différentes dragues utilisés pour la pêche à la coquille Saint-Jacques, à la praire et aux pétoncles/huîtres.

Des seuils de pêche à définir
« Nous avons testé chacune de ces dragues sur un banc non exploité, en variant le nombre de passages pour mimer différents efforts de pêche, explique Julien Dubreuil, biologiste marin et référent halieute coquillages au sein du comité. Au bout d’une semaine, nous avons prélevé du maërl sur les différentes zones et comparé sa taille, sa vitalité et la faune associée. Une analyse que nous avons renouvelée un mois, trois mois et un an plus tard pour évaluer la capacité du maërl et de sa faune associée à se régénérer. » Il a ainsi été montré que les dragues ont des effets différents sur le maërl. Selon l’intensité du dragage, les temps de régénération sont variables. Des résultats qu’il faut maintenant comparer aux suivis historiques, afin de pouvoir à terme définir des seuils de pêche soutenables pour les coquillages, le maërl mais aussi pour les pêcheurs.

Pourquoi notre littoral est-il propice aux marées vertes ?

« Pour que se produise une marée verte, il faut des nitrates, dont se nourrissent les algues, des eaux claires et peu profondes, et des baies assez fermées pour limiter l’évacuation vers le large des nitrates par les marées », indique Patrick Durand, chercheur en hydrologie et géochimie à l’Inra(1) de Rennes, coordonnateur au Creseb(2) de l’appui scientifique aux plans de lutte contre les algues vertes. Trois conditions que réunit, par exemple, la baie de Lannion. « Pour y abaisser les taux de nitrates, nous avons montré avec le concours des agriculteurs du bassin versant qu’il convenait de favoriser un couvert végétal permanent sur les terres, et de préférer l’élevage laitier basé sur le pâturage à des systèmes privilégiant le maïs et le blé, deux cultures laissant des terres peu couvertes et lessivées par les pluies en hiver. »

Outre le type d’agriculture, un autre facteur joue sur la fréquence de ces marées : le climat. Grâce au couplage des modèles de transfert de nitrates développés pour le “continent” par l’Inra et pour le “littoral” par le Ceva(3), les scientifiques pourront bientôt simuler des scénarios de développement des algues vertes, en fonction des conditions climatiques. « Prenons l’exemple de 2017, une année record pour les marées vertes, illustre Patrick Durand. Les quantités de nitrates n’avaient pas augmenté, mais l’hiver a été doux et calme. Les algues n’ont donc pas été arrachées comme elles peuvent l’être lors d’hivers tempétueux. » Avec l’épisode de chaleur printanier, les algues déjà abondantes ont proliféré avant de se raréfier au fil de l’été, avec la baisse du débit des cours d’eau. « Nous voulons définir les types de séquences climatiques qui favorisent (effet synergique) ou limitent (effet antagoniste) les marées vertes, afin de mettre en place des mesures adaptées dans le temps. »

Renseignements : 
Patrick Durand tél. 02 23 48 54 27 patrick.durand@inra.fr

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Julie Danet

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