En ville et à travers champs

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mai 2018
L'évolution du bocage entre 1952 (à gauche) et 2016 (à droite). À partir d'images multiples, les logiciels développés par Kermap et le LETG redessinent l'aménagement du territoire.
Kermap / Ign

Le programme Kalideos Bretagne utilise l’imagerie spatiale pour mesurer l’évolution de la ville et des campagnes.

« La ville durable, tout le monde en parle. Mais personne ne sait l’évaluer. » Antoine Lefebvre, est le fondateur de Kermap, une entreprise créée par des chercheurs du laboratoire Littoral environnement télédétection géomatique (LETG) de Rennes. « Comment gérer un îlot de chaleur en ville ? Quel est l’impact d’un espace vert sur les riverains ? Aujourd’hui, nous n’avons que des suppositions. Les images satellites apporteront des réponses concrètes. » Les données satellites ont l’avantage d’être standardisées. Elles respectent toujours les mêmes critères. Selon le Centre national d’études spatiales, nous disposons ainsi de 30 ans d’images spatiales standardisées, qui peuvent être utilisées par les géographes.

Clichés satellites de la température de surface (à droite) et de l'aménagement urbain (à gauche) de Rennes. La nuit, la température en ville peut être supérieure de 6° à celle de la campagne. Elle est liée à l'agencement des bâtiments et aux espaces verts ou minéraux. Kermap / Sentinel 2

« Nous menons des expérimentations avec Rennes Métropole, poursuit Antoine Lefebvre. Par exemple, nous déterminons la quantité de CO2 séquestré par la biomasse de la ville. Nous calculons aussi l’ombre portée des arbres, afin qu’elle ne réduise pas la luminosité des logements. Nous travaillons de la même manière pour créer des parcours ombragés à Singapour. » À chaque région ses problèmes, mais la méthode reste la même.

Continuité écologique

Ce n’est pas un hasard si l’entreprise Kermap est née dans le bassin rennais. La ville et ses laboratoires sont dans l’une des cinq zones du programme Kalideos(1) du Cnes.

« Cela permet aux laboratoires de recevoir des images de grande qualité sur une zone allant de Rennes à Fougères », explique Laurence Hubert-Moy, chercheuse au laboratoire LETG et présidente du Comité scientifique des sciences de la Terre (Tosca) au Cnes. « Cinq laboratoires utilisent ces données et travaillent sur la continuité écologique, avec le suivi des trames vertes (Woodnet) ou la cartographie des habitats naturels (Carhab), l’évaluation des zones humides, ou encore le suivi des zones agricoles. »

Les chercheurs bretons ne se contentent pas d’utiliser ces images. « Nous croisons les images satellites avec des images aériennes et des résultats pris au sol. Cela permet de s’assurer que ce qui est représenté sur le cliché spatial correspond à ce que nous pensions. » Une fois la confirmation acquise, les satellites déploient leurs avantages : des images grandes et précises, prises régulièrement. L’outil rêvé pour évaluer l’aménagement d’un territoire.

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Baptiste Cessieux

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