Pollution : Vigisat est sur zone

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mai 2018
Cette image radar du 4 avril 2018 révèle une pollution : une traînée d'hydrocarbures au large du Portugal. Grâce aux données des balises présentes sur chaque bateau, les techniciens centrent leurs recherches sur une zone maritime. Sans cet outil, localiser un navire sur un cliché satellite s'apparente à trouver une aiguille dans une boîte de foin.
Data And proctus/Macdonald dettwiller and associates ltd

La station de réception des données satellites de Brest joue un rôle central dans la lutte contre la pollution en mer.

Il y a quarante ans, l’Amoco Cadiz déversait 227000 tonnes de pétrole brut sur les côtes bretonnes. Aujourd’hui, la surveillance des navires prévient ce type de catastrophe. Les données des satellites permettent de suivre les pollutions d’hydrocarbures. Il s’agit d’accidents, comme pour l’Amoco Cadiz ou l’Erika, ou d’actes illicites, lorsque les réservoirs des navires sont nettoyés en haute mer. Cette surveillance est orchestrée par l’Agence européenne pour la sécurité maritime. Son service CleanSeaNet identifie les sources de pollutions dans l’Atlantique et la Méditerranée.

La station de réception des données satellites Vigisat, à Brest, a un rôle central dans cette lutte. « Chaque année, nous analysons 30 à 40 % des 3000 clichés réalisés par les satellites pour la surveillance des pollutions en mer, explique Vincent Kerbaol, le responsable du site Vigisat. Un cliché représente un carré de 400 km de côté, soit l’équivalent du golfe de Gascogne. » Pour prendre de tels clichés, avec des satellites à près de 800 km au-dessus de nos têtes, il faut un peu de logistique.

Du Sahara à l’Arctique

« Ces images sont de grande qualité et représentent de gros volumes de données. On ne travaille pas en continu, sinon les satellites seraient vidés de leur énergie ! » L’astuce consiste à programmer les satellites, pour les envoyer au bon endroit, afin de prendre un cliché. Cette opération dure six heures au minimum. Une fois l’image captée, le satellite poursuit sa course jusqu’à pouvoir la “télécharger” vers la parabole brestoise, de six mètres de diamètre. « La parabole communique avec les satellites dans un rayon de 2500 km autour de Brest. Cela nous mène du Sahara à l’Arctique. Lorsqu’ils survolent cette zone, les satellites “photographient” une scène et la transmettent, ou la gardent stockée dans leur mémoire interne. » L’image récupérée est analysée en 30 minutes.

Ce type de traitement d’images satellites, réalisée par la station Vigisat, présente des enjeux importants, dans une industrie spatiale en plein développement.

Le big data

De nombreux acteurs privés s’y lancent. Les spécialistes parlent de “new space”. « Avec le développement des petits satellites à basse altitude et les drones, les flux sont de plus en plus importants, poursuit Vincent Kerbaol. Les recherches utilisent désormais le big data et l’apprentissage automatique. » L’intelligence artificielle se retrouve partout, y compris pour lire ces images tombées du ciel, toujours plus nombreuses(1).

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Baptiste Cessieux

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