Des champs pour le futur

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octobre 2018
Biodiversité en ville
Cette variété de blé du pays de Redon est cultivée chez un agriculteur.
Baptiste Cessieux

Le blé ancien est cultivé à La Gacilly.

Les champs de blé de nos grands-parents étaient plus diversifiés qu’aujourd’hui. La sélection des blés les plus productifs, gustatifs et adaptés aux traitements, a réduit leur diversité génétique. Un peu moins de 300 variétés sont commercialisées aujourd’hui en France. Résultat : les rendements ont été multipliés par trois en cinquante ans. Mais les champs sont plus sensibles au changement climatique et à l’équilibre chimique des sols.

Un généticien de l’Inra(1) s’inquiétait déjà en 1969 de cette perte de patrimoine. Gérard Doussinault s’est mis en quête, au pays de Redon, d’épis particuliers qui résistent à certaines maladies. « Plus

de 330 épis sont aujourd’hui sélectionnés et conservés dans les laboratoires de l’Inra », explique Estelle Serpolay (photo), chargée de mission biodiversité à l’Institut technique de l’agriculture biologique. « C’est un programme unique en son genre. La conservation en station de recherches se fait à Rennes puis à Clermont-Ferrand. Mais cela ne suffit pas. Pour utiliser ces variétés, il faut les multiplier et les renouveler dans les champs des agriculteurs. »

En 2010, l’Inra a lancé le programme de science participative “Pays blé” pour maintenir et promouvoir la diversité des blés du terroir breton. Trois ans plus tard, l’objectif a été atteint : des organismes privés et associatifs, membres de l’association Triptophène, se sont emparés du problème et ont multiplié les collections de blé. L’Inra n’intervient pas, mais garde un rôle de conseil. Les jardins botaniques d’Yves Rocher, à La Gacilly et celui du Jardin des Forges, à Saint-Nazaire s’occupent ainsi de la “sélection conservatrice”, la conservation des épis originaux d’une récolte à l’autre. Ils fournissent les agriculteurs qui souhaitent utiliser ces semences et faire de la “sélection améliorative”, une sélection qui vise l’adaptation à leurs pratiques.

 

Soixante variétés de blé

À La Gacilly, au milieu des productions en agriculture biologique de l’entreprise Yves Rocher, soixante variétés de blé sont cultivées chaque année depuis 2013. « En association avec ces blés, nous utilisons des espèces sauvages comme le coquelicot, le bleuet ou la nielle des blés. Elles fonctionnent en symbiose avec le blé. », explique son responsable, Joël KlutschCerclage, engrais vert et récoltes à la main : le jardin botanique prend au sérieux son rôle de “gardien des blés”, ce qui conforte les scientifiques dans la pérennité du projet.

« Le programme Pays blé, terminé aujourd’hui, est la petite graine qui nous a permis de démarrer des projets de plus grande envergure », explique Véronique Chable, qui l’a coordonné à l’Inra, au Rheu. Trois projets européens ont en effet émergé de ces retours d’expérience. Au final, plus d’une trentaine de plantes agricoles en tous genres reprennent petit à petit la clef des champs.

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