Un historien a retrouvé les remparts de Rennes

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octobre 2018
Biodiversité en ville
La ville de Rennes en 1644, représentée depuis l'actuelle esplanade Charles-de-Gaulle, en regardant vers le nord.Les douves au premier plan correspondent au boulevard de la Liberté. La Cathédrale et les portes mordelaises sont en haut à gauche. La porte et l'église Saint-Germain sont à droite, à mi-hauteur.
Jean Boisseau, Collections du Musée de Bretagne et de l'Écomusée du Pays de Rennes

La forme de la ville fortifiée n’a pas disparu. Une enquête le révèle.

Au détour des rues et dans des sous-sols rennais, des vestiges subsistent. Depuis 2014, Matthieu Le Boulch a retrouvé leurs traces en visitant une cinquantaine de caves des vieux quartiers. Doctorant(1) dans une équipe d’historiens et d’archéologues de l’Université de Rennes 2, il mène l’enquête sur le terrain et à travers les archives. Il a découvert ce que tout le monde croyait perdu.

Matthieu Le Boulch étudie l’enceinte du 3e siècle et plus particulièrement celles construites à partir de 1420 par le duc de Bretagne. À cette époque, Rennes se protège des tensions entre le royaume de France et celui d’Angleterre.

À la fin du 17e siècle, les remparts sont partiellement détruits ou intégrés aux habitations privées. Comment la ville a-t-elle évolué durant trois siècles ? « Mon travail consiste à identifier les dates clés des changements de l’architecture de la ville et à reconstituer le plan de Rennes. » Le jeune chercheur réalise sa thèse au musée de Bretagne. Il la terminera fin novembre.


Le tracé des fortifications sur une photo aérienne, réalisée par Matthieu Le Boulch. Chaque couleur
correspond à une phase de construction (fin du 3e siècle en rouge, années 1420-1450 en vert, 1449-1476 en orange, 1460-1491 en jaune). L'ancien tracé de la Vilaine et en bleu.

Rennes Métropole et Mathieu Le Boulch

Des schistes médiévaux

Quelles sont les traces de la transformation de la capitale bretonne entre le 15e et le 18e siècles ? Sous l’ancien boulevard Saint-Georges(2), en descendant à la cave par une échelle, une canonnière surgit. Un couloir voûté mène ensuite à une poterne, qui donnait accès aux fossés. Ailleurs, rue Lafayette, l’historien a découvert un arrachement(3). Quai Duguay-Trouin, une section de plusieurs mètres de l’enceinte antique est conservée. « Sur place, il faut aller à l’essentiel. Je dois repérer rapidement des maçonneries de l’époque, explique Matthieu Le Boulch. Comme je ne peux pas les dater de manière précise, je cherche les éléments caractéristiques des différentes périodes. C’est comme un puzzle. » Cette technique prend en compte la taille des pierres et les relations entre les différentes maçonneries. La brique rouge est propre aux remparts antiques. La présence de schistes bleus associés à un mortier particulier est représentative des constructions de l’enceinte médiévale. « Mes prospections sont couplées aux fouilles archéologiques, menées notamment aux portes mordelaises. »

Des cartes inédites

Le doctorant épluche également les archives fiscales(4) et les devis de constructions. C’est l’originalité de son travail. « Nous disposons de nombreuses sources manuscrites et iconographiques. Une grande partie est conservée au musée de Bretagne. » Pour chaque rue, ces documents recensent les dimensions des maisons et les noms des propriétaires. L’historien superpose les informations récoltées sur le terrain avec les plans d’archives. Il reconstitue des cartes de Rennes inédites pour une période donnée. « Finalement, la forme de la ville évolue peu, sauf par l’aménagement d’espaces vides et de places au 17e siècle, comme celle du Parlement. »


À travers les sous-sols de la ville, Matthieu Le Boulch a retrouvé les fortifications de la capitale bretonne.
Laurent Guizard

30 % de l’enceinte

L’état des lieux réalisé par Matthieu Le Boulch s’intègre à un plan de sauvegarde lancé par Rennes Métropole. L’objectif est de connaître et de mettre en valeur les remparts. Son inventaire révèle qu’il resterait au total, au nord de la Vilaine, 30 % de l’enceinte ! Et cette estimation ne prend pas en compte les dernières découvertes fortuites. Le 19 juillet, Matthieu Le Boulch a observé, dans une tranchée de travaux, le mur de la troisième enceinte du 15e siècle à deux pas du boulevard de la Liberté. Sous nos pieds, à 50 cm sous le bitume, la ville médiévale est toujours endormie.

De l’université au musée

«Matthieu Le Boulch nous a aidés à préparer l’exposition, grâce à ses réalisations cartographiques, ses recherches documentaires et sa connaissance des archives. »

Manon Six est conservatrice au musée de Bretagne. Avec l’archéologue Anastasia Delécolle(5), elle est commissaire de l’exposition “Rennes, les vies d’une ville”, qui ouvre ses portes le 20 octobre. « Pour sa thèse, Matthieu a bénéficié des ressources de notre institution. L’articulation de notre projet d’exposition avec son travail universitaire a été très bénéfique. Et il a la fibre pour la médiation ! Matthieu est un chercheur transmetteur. »

“Rennes, les vies d’une ville”, du 20 octobre 2018 au 25 août 2019. Au musée de Bretagne aux Champs Libres. Cette exposition s’appuie sur les fouilles archéologiques de l’Inrap à Rennes. Elle raconte l’évolution de la ville depuis sa fondation et s’inscrit dans le cadre d’“Explorations urbaines”, le fil rouge de la saison 2018-2019 aux Champs Libres.

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Marion Guillaumin

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