Le cerveau entre en scène

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novembre 2018
La metteuse en scène Laure Fonvieille prépare un spectacle sur la mémoire. Le neurologue Serge Belliard a transmis ses connaissances.
Nicolas Guillas

Des scientifiques participent à une création théâtrale.

Un besoin d’enquêter sur cette maladie « qui fait perdre les mots, la mémoire et la tête. » C’est ce qui a poussé Laure Fonvieille et Ronan Mancec à créer une pièce de théâtre. Le cœur de l’hippocampe est le fruit d’une collaboration entre artistes et scientifiques. La pièce, en cours de création, promet un voyage dans les méandres du cerveau. Des histoires, des références littéraires et scientifiques, un repas de famille, de la laine... Un univers où la mémoire se tricote et se détricote. Pourquoi s’efface-t-elle ? Que se passe-t-il dans le cerveau ?

Perte de mémoire

Laure Fonvieille est la metteuse en scène. Comme l’auteur Ronan Mancec, elle a vécu la perte de mémoire de son père. « Nous n’avons pas la même histoire, mais nous voulions comprendre », confie-t-elle. Deux spécialistes en neurosciences participent au projet. L’alchimie entre les protagonistes s’est créée au cours de la Semaine du cerveau(1) en 2017 à Rennes. Ronan Mancec a fait la rencontre de Pierre-Yves Jonin, neuropsychologue au Centre mémoire ressources recherche (CMMR) à Rennes. De son côté, Laure Fonvieille a contacté Serge Belliard, neurologue au CHU de Rennes. Il est l’un des meilleurs spécialistes de la neuroanatomie de la mémoire en Bretagne. Ronan Mancec connaît ce médecin. Il était justement celui de son père.

Troubles sémantiques

Les témoignages des porteurs du projet illustrent les différents types de mémoire. « Il y a la mémoire non consciente, dite procédurale, et la mémoire consciente, soit déclarative », explique Serge Belliard. La mémoire non consciente est souvent liée à la motricité.

Le meilleur exemple est celui du vélo, dont l’apprentissage reste “ancré” dans notre cerveau. La seconde, déclarative, regroupe les mémoires épisodique et sémantique. « La mémoire épisodique fait appel à ce dont on se souvient, hier ou il y a trois mois », poursuit le neurologue. La mémoire sémantique se réfère à ce que l’on sait, c’est-à-dire aux connaissances générales. « Les troubles sémantiques se traduisent par une perte de l’usage du langage, complète Pierre-Yves Jonin. Un patient ne sait plus, par exemple, ce qu’est un chat ou une tartine. » Ces troubles peuvent survenir lors d’une maladie neurodégénérative, comme Alzheimer, ou à la suite d’accidents pouvant affecter le fonctionnement cérébral. Mais qu’est-ce qui déraille dans la tour de contrôle ? Selon les zones du cortex(2) qui sont touchées, certaines mémoires peuvent être affectées. Par exemple s’il s’agit de l’hippocampe(3), il est impossible de créer de nouveaux souvenirs. Mais les connaissances restent intactes.

Voyage dans le temps

« L’hippocampe est la région clé du voyage dans le temps », indique le neuropsychologue Pierre-Yves Jonin. Il permet la construction de scènes mentales, par le souvenir et l’imagination d’un avenir plausible. « Je me souviens, j’invente... Finalement, où se situe la vérité ? » s’interroge Laure Fonvieille. Elle espère transmettre cette pensée vertigineuse aux spectateurs. « Nos souvenirs sont un mélange, complète Serge Belliard. Il y a ce dont on se rappelle, mais aussi ce que l’on nous raconte et nos rêves. » Le neurologue est impatient de découvrir la pièce. Il se réjouit de cette vulgarisation des neurosciences. La compagnie La mort est dans la boîte(4) présentera ce spectacle en 2020. Un rendez-vous à mémoriser !

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Marion Guillaumin

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