Objectif : prévoir les épidémies

N° 366 - Publié le 25 octobre 2018
Openhealth
Le suivi de la grippe - Réalisée par OpenHealth, cette carte ci-contre, datée du 30 novembre 2017, montre la répartition des cas de grippes au début d’une épidémie. La région de Lannion compte déjà plus de 350 cas pour 100000 habitants ! L’Ille-et-Vilaine en compte 10 fois moins. Trois mois plus tard (en bas), la grippe touche à sa fin.
La Bretagne Nord est dans le rouge ! Mais le reste de la région guérit petit à petit. À partir de ces données, des logiciels d’intelligence artificielle pourraient, par exemple, révéler que le Trégor est régulièrement l’épicentre de la grippe en Bretagne. Les couleurs représentent le nombre de cas pour 100000 habitants (supérieur à 350, en rouge et inférieur à 35 cas en jaune).

À Vannes, OpenHealth analyse les données des pharmacies. Une vision globale utile à la santé publique.

L’intelligence artificielle pourrait prédire les avancées des épidémies. Ou prévoir les complications des maladies chroniques. Pour cela, il faut l’entraîner. À condition d’avoir un grand nombre de données. Pour donner un ordre d’idées, une intelligence artificielle autonome, comme celles de Facebook ou Google, a besoin de 10 à 15 millions d’images pour distinguer un chat d’un chien. Un enfant arrive à la même conclusion avec seulement trois images !

10000 pharmacies

Cette importance des données, l’entreprise vannetaise OpenHealth l’a bien compris.
« Sans données, pas d’IA, insiste Catherine Commaille-Chapus, directrice de la stratégie d’OpenHealth. Chaque jour, nous traitons deux millions de lignes d’informations de santé. » Ces précieux renseignements touchent autant à la consommation de médicaments qu’à la typologie des patients. Ils sont collectés auprès d’un panel de plus de 10000 pharmacies, soit la moitié des officines du pays. Des quatre coins de la France, ces informations se dirigent vers les serveurs informatiques de l’entreprise, près du port de Vannes. Les données anonymes y sont traitées presqu’en temps réel. « C’est un véritable patrimoine numérique, s’enthousiasme Catherine Commaille-Chapus. Cette masse d’informations est extrêmement riche. Son intérêt est considérable pour la connaissance des maladies, leurs préventions et l’amélioration du parcours du patient. »

Ce traitement est encadré par la loi.

« Comme tout hébergeur de données médicales, OpenHealth est agréé pour le stockage à caractère personnel et notre entrepôt de données possède une autorisation de la Cnil(1). Les informations des patients sont protégées par un processus de pseudonymisation. »

Suivi des épidémies

Ainsi protégées, les données permettent de nombreuses applications. Le suivi des épidémies, par exemple, est possible en s’appuyant sur les ventes des médicaments en pharmacie. La logique est simple : quand la grippe saisonnière progresse, les ventes de médicaments prescrits en cas de suspicion de grippe augmentent. Cette constatation s’étend à toutes les maladies épidémiques.
« Ce n’est pas encore de l’intelligence artificielle, précise Catherine Commaille-Chapus. Mais pour faire de la prédiction grâce à l’IA, il faut d’abord croiser les informations et entraîner les machines. » À force d’observations de données précises, les ordinateurs feront émerger des modèles et des tendances.

Les données des hôpitaux

Du côté de la recherche, une autre utilisation des données par l’IA s’annonce révolutionnaire. Elle concerne les cohortes, ces ensembles de patients constitués pour observer un même événement au cours d’une période. Les cohortes ne sont pas une nouveauté, mais posséder des millions de données existantes permet de réduire les coûts des études. Le changement est potentiellement immense et la Bretagne est en bonne place pour y participer. « Depuis 10 ans, nous rassemblons les données des centres hospitaliers de la région, explique Marc Cuggia, professeur en informatique médicale au CHU de Rennes. Nous avons aujourd’hui le plus grand réservoir de données d’Europe ! Elles vont permettre de mener des études plus larges, au plus proche de la réalité vécue par les patients. » Comment les médicaments interagissent-ils entre eux dans le corps ? Leur efficacité change-elle dans le temps, ou en fonction d’un groupe de patients ? Autant de questions auxquelles la machine, après apprentissage, pourra apporter des réponses.

Baptiste Cessieux

(1) Commission nationale de l’informatique et des libertés.

Catherine Commaille-Chapus
tél. 02 97 68 37 00
c.commaille-chapus@openhealth.fr

Marc Cuggia
marc.cuggia@univ-rennes1.fr

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