« Les chercheurs ont besoin de rêver »
Portrait
Directeur adjoint de l’Institut de physique de Rennes
Je voulais être chercheur depuis le CM2 ! Un jour, le professeur est venu avec du mercure. Il l’a fait couler sur la table. « Vous voyez, c’est un métal liquide. » Alors sur ma fiche d’orientation en sixième, j’ai noté que je voulais être chercheur. Sinon, j’aurais aimé être prof de maths.
En 2016, nous avons trouvé qu’un photon est capable de transformer ultra-rapidement plusieurs molécules à la fois. Cette découverte ouvre la porte à des dispositifs optiques moins énergivores.
La question est bizarre. Pour le savoir, il faudrait pouvoir examiner les chemins que je n’ai pas pris. Par exemple, si j’avais parlé à telle personne plutôt qu’à une autre...
Beaucoup de temps et d’énergie ! Une part trop importante de notre temps est consacrée à la recherche de financements. Répondre à des appels à projets orientés bride l’imagination et la motivation des chercheurs. Ils ont besoin de rêver pour faire progresser les connaissances.
Il me vient en tête le nucléaire et la bombe atomique. Mais la science est un tout. Il ne faut pas avoir peur de trouver ! La société doit prendre la mesure des applications qui peuvent être faites.
On espère toujours faire une découverte pour aider l’humanité. Mais nos recherches sont si fondamentales, que nous ne serons plus là pour voir les retombées. Un chercheur est satisfait si ce qu’il fait est utile. Cela ne change pas notre vie, mais c’est motivant.
Que la communauté scientifique reste sans réagir face aux fake-news ou à l’utilisation irrationnelle de données scientifiques sur des sujets importants : la santé, l’énergie et le climat. Un minimum de culture scientifique est nécessaire aux décideurs pour agir de façon rationnelle.
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