Où puiser l’énergie de la mer ?

N° 367 - Publié le 5 décembre 2018
Julie Danet
Avant sa thèse, Nicolas Maslov a effectué des stages de recherche en Inde et au Québec.

Nicolas Maslov a conçu un programme informatique qui identifie les meilleurs sites pour les parcs d’énergies marines.

C’est à l’institut France énergies marines (FEM) au technopôle de Plouzané, près de Brest, que Nicolas Maslov nous accueille dans son bureau ouvert sur la mer. « J’ai soutenu ma thèse en 2015 à l’Institut de recherche de l’École navale de Lanvéoc juste là, derrière la presqu’île de Roscanvel, indique le lauréat du Prix Bretagne dans la catégorie “Énergies”. L’objectif de ma thèse consistait à identifier les zones du raz de Sein les plus propices au déploiement d’un parc d’hydroliennes optimisé. C’est-à-dire où l’énergie récoltée est maximale, pour un coût d’installation minimal, en prenant en compte l’effet sur les activités humaines.»

Derrière ce problème se cache une cascade de questions. « J’ai développé un programme informatique qui prend en compte plusieurs contraintes technologiques et géographiques. » Nicolas Maslov a d’abord sélectionné les zones intéressantes, en fonction de la vitesse des courants, de la profondeur, du relief du fond... Les distances à la côte ont aussi été prises en compte, pour évaluer les coûts de maintenance.

Pour chaque site, l’ingénieur de recherche a dimensionné le parc d’hydroliennes optimal à installer. Un vrai casse-tête ! La solution a été trouvée grâce à un algorithme dit “génétique”.

« Chaque paramètre, comme la puissance et le nombre de machines, est considéré comme un gène, résume-t-il. Ensemble, ces “gènes” génèrent un “individu”, qui correspond à une solution potentielle de parc d’hydroliennes. Comme en génétique, au fil des générations, les individus se reproduisent, subissent des mutations et des sélections pour aboutir à une combinaison optimale de gènes, donc de paramètres. »

Zones de chalutage

Les activités de pêche ont été intégrées à l’algorithme. « J’ai différencié les zones de chalutage, de lignes flottantes et de casiers. Certaines pratiques sont compatibles avec les hydroliennes. »

Des cartes de classement des zones maritimes du raz de Sein, selon l’acceptation sociale, l’énergie produite et le coût du projet ont ainsi été réalisées. Ce programme informatique est applicable aux autres sources d’énergies marines renouvelables. Autre avantage, il a été développé en “open source” : le logiciel n’est pas payant. « Il me semble important que les acteurs de la filière puissent utiliser librement ce logiciel pour appuyer leurs décisions, voire le faire évoluer selon leurs besoins. »

Pour les éoliennes flottantes

Après un postdoctorat à l’Université maritime de Shangai, l’ingénieur a rejoint en février dernier l’équipe de FEM. « Le projet Valarray sur lequel je travaille consiste à faire un état des lieux des outils d’optimisation des parcs d’hydroliennes et d’éoliennes. Nous en avons recensé une trentaine. Aucun ne semble satisfaire l’ensemble des besoins industriels. » Nicolas Maslov devra donc développer les outils manquants, notamment pour les éoliennes flottantes. Un nouveau challenge pour ce chercheur, Marseillais d’origine, amateur de voile et de surf, qui contribue à l’essor des énergies marines renouvelables en France.

Julie Danet

Nicolas Maslov
tél. 02 98 49 97 14
nicolas.maslov@ite-fem.org

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