Que deviennent les mégots ?

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N° 368 - Publié le 4 janvier 2019
Julie Danet
La chimiste Camille Lacroix étudie la dégradation des mégots et des cotons-tiges, sur une plage artificielle du Cedre.

Une enquête sur leur dégradation en mer.

Quels déchets trouve-t-on sur le littoral européen ? En tête de peloton figurent... le coton-tige en plastique et le mégot. Jetés dans les lavabos, les toilettes ou par terre, ils peuvent passer à travers les grilles des stations d’épuration. En aval, ils s’accumulent sur les plages ou en mer, où ils mettront une dizaine d’années, voire plus, pour se dégrader. Le bâtonnet en plastique sera d’ailleurs interdit à la vente dès le 1er janvier 2020. À Brest, le Cedre(1) veut caractériser la dégradation et l’effet de ces déchets dans le milieu marin, dans le cadre du projet européen CleanAtlantic(2).

Sur la plage artificielle

« La première étape de l’étude a consisté à “fumer” une trentaine de cigarettes, explique Camille Lacroix, chimiste et écotoxicologue au Cedre. Pour obtenir des mégots standards, nous avons utilisé une sorte d’aspirateur sous hotte calibré. » Pesés, mesurés et numérotés, les mégots et les cotons-tiges ont ensuite été disposés dans un carré en bois, installé sur la plage artificielle du Cedre.

« Depuis cinq mois, nous étudions leur dégradation par les rayons UV, le sable, le vent et la pluie. Nous observons leur état, leur perte de masse, leur couleur... » Ces premiers tests ont permis à l’équipe de valider un protocole d’étude. Et dès le mois de février, la dégradation d’une centaine de mégots et de cotons-tiges sera observée durant un an.

4000 substances toxiques

L’équipe étudie aussi le vieillissement de ces déchets dans l’eau d’un bassin. « Nous espérons installer une cage spéciale, qui renferme ces déchets, dans la rade de Brest. L’objectif est de savoir si en conditions réelles, le processus est similaire, accéléré ou ralenti. »

Une autre expérience est réalisée par le Cedre, cette fois-ci dans des cuves au laboratoire. Camille Lacroix s’intéresse à une trentaine des 4000 substances toxiques des cigarettes. Elle veut déterminer leur vitesse de libération dans l’eau. « Nous allons étudier l’effet de ce mélange de molécules sur des coquillages filtreurs, comme des huîtres, et des poissons. » Certaines substances se retrouveraient peut-être, au final, dans les produits de la mer que nous dégustons.

Le mégot, ce fléau

Chaque minute, huit millions de mégots sont jetés dans le monde. Un seul peut contaminer 500 litres d’eau. Des solutions apparaissent pour limiter ce fléau environnemental. Dans le Finistère, l’entreprise MéGo! propose des kits aux particuliers ou aux entreprises pour collecter les mégots. Envoyés dans une usine à Bourg-Blanc, ils sont dépollués et transformés en plaques de plastique, pour fabriquer d’autres produits. Une initiative prometteuse.

Julie Danet

(1) Centre d’expertise internationale en pollution des eaux.
(2) Le projet Interreg CleanAtlantic rassemble 13 partenaires de l’ouest de l’Europe. Il a pour objectif de lutter contre les déchets marins et de protéger la biodiversité (www.cleanatlantic.eu/fr).

Camille Lacroix
tél. 02 98 33 10 10
contact@cedre.fr

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