Réinventer le piège à poissons

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N° 368 - Publié le 4 janvier 2019
Ifremer
Sonia Méhault a expérimenté un dispositif en baie de Quiberon.

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L’Ifremer conçoit une nasse pour pêcher autrement.

« Dans un chalut, le poisson nage beaucoup, il s’épuise parfois complètement. Quand il est piégé dans une nasse, le poisson est de très bonne qualité. Il y reste sans stress, jusqu’à son arrivée sur le pont. » Sonia Méhault est ingénieure halieute, spécialiste de la science de la pêche, à l’Ifremer Lorient. Pour le projet Baitfish(1) qu’elle coordonne, elle conçoit une nasse à poissons innovante. Les partenaires de cette recherche soutenue par l’Europe(2) sont l’Université de Bretagne Sud et le Comité de pêche du Finistère.

La nasse à poissons est une technique de pêche ancestrale, très marginale aujourd’hui. « Elle intéresse les pêcheurs artisans et côtiers, poursuit Sonia Méhault. La nasse permet de se diversifier, pour capturer certaines espèces, durant quelques semaines. C’est une pêche alternative écoresponsable. A priori, elle a moins d’effet sur l’environnement. » Les espèces dont les stocks ne posent pas de problème sont ciblées.

En baie de Quiberon

Une expérience a été réalisée l’été dernier, en baie de Quiberon. Trois fois par semaine, un dispositif était immergé à sept mètres de fond. Des “attractants” sont accrochés aux extrémités d’une poutre métallique. Ce sont des appâts, par exemple des vers marins ou des crustacés. Au milieu du dispositif, deux caméras filment ce qui se passe. Ce n’est pas encore une cage. « Nous voulons caractériser le comportement du poisson face à l’appât. Cet hiver, nous analysons les 250 heures de vidéos réalisées l’été dernier. » Pour cette mission, l’équipe recherche une personne diplômée en éthologie.

Quels poissons apparaissent à l’écran ? La dorade grise, appelée localement griset, est séduite par les appâts. Cela tombe bien : les pêcheurs savent que cette espèce est intéressante. Le projet est réalisé en concertation avec eux. Quel est le comportement du griset selon le type d’appât, arrive-t-il par le haut, dans le sens du courant ? C’est en l’analysant que l’ingénieure imagine progressivement la structure du piège, d’abord un tunnel ouvert, à fermer ensuite. L’été prochain, l’expérience en mer sera poursuivie. En 2020, des nasses seront testées par des pêcheurs, sur leurs zones de pêche.

La sélectivité de la nasse est aussi étudiée. Les petits poissons doivent s’échapper, comme les adultes des espèces non ciblées. L’effet “physique” de la nasse sur l’environnement, posée ou non sur les sédiments, est pris en compte.

Une nasse biodégradable

Autre défi, la nasse sera en partie biodégradable... tout en étant assez solide pour les pêcheurs. En temps normal, une nasse est relevée tous les jours : si elle se perd, elle devient un piège mortel pour la faune durant longtemps. Cette biodégradabilité est étudiée avec des chercheurs de l’Université de Bretagne Sud.

Le projet Baitfish est bien parti, mais loin d’être finalisé. Rien ne prouve que les humains seront plus malins que la dorade grise. Aujourd’hui, une nasse commerciale est utilisée dans le golfe de Gascogne. Elle s’inspire d’un modèle norvégien, où elle permet de cibler la morue. Chez nous, cette nasse piège des congres. Mais aucune dorade ne s’y laisse prendre.

 

Nicolas Guillas

(1) Bait fish (poisson appât) est l’acronyme de Behaviour, performAnce, Impacts of poTs Fish.
(2) Ce projet est financé par l’Ifremer, le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) et France filière pêche (FFP).

Sonia Méhault
tél. 02 97 87 38 52
sonia.mehault@ifremer.fr

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