Les filles au tableau

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janvier 2019
Checheuses : leur combat pour l'égalité
Vingt-six lycéennes bretonnes sont venues à Rennes pour phosphorer sur les mathématiques, encadrées par des étudiants de l’ENS ou de l’Irmar.
Laurent Guizard

À Rennes, l’École normale supérieure incite les filles à faire des études scientifiques.

« Passer un week-end à faire des maths, entre filles, c’est génial. » Kim est en terminale scientifique à Brest. « C’est bienveillant, on travaille ensemble, les garçons ne sont pas là à se moquer de nous », poursuit la lycéenne, venue à Rennes pour résoudre des équations.

Le 1er décembre dernier, vingt-six lycéennes bretonnes se sont retrouvées à l’École normale supérieure (ENS). Durant trois jours, les “Rendez-vous des jeunes mathématiciennes” ont réuni des étudiantes bien dans leurs baskets pour des exercices et des échanges. L’occasion de prendre confiance et d’oser s’orienter vers des études scientifiques, le plus souvent réservées aux garçons.

« Les meilleures élèves sont des filles »

Les lycéennes écoutent attentivement leurs aînées retracer leurs parcours. Dès qu’une doctorante de l’Irmar(1) se présente, elles posent la même question : « Quel est le sujet de votre thèse ? » Suivie inlassablement d’un : « Ça veut dire quoi ? » Définitivement curieuses. Du haut de leur adolescence, les lycéennes sont lucides. « En médecine, il y a beaucoup de filles en première année. Mais les chirurgiens sont tous des hommes », lance Léonie. « Dans ma classe, les meilleures élèves sont des filles, raconte Alix. Mais seules deux ou trois veulent faire une classe préparatoire. Une dizaine de garçons s’y dirigent. » Étudiante à l’ENS, Juliette Veuillez confirme : « Je suis en première année de maths. Nous sommes trois filles parmi 32 élèves. Même chose en informatique et mécatronique(2). »

C’est pour rendre les promotions d’étudiants plus mixtes que les “Rendez-vous des jeunes mathématiciennes” ont vu le jour en 2016. D’abord à Paris, puis à Rennes, à Lyon, à Strasbourg, à Toulouse et bientôt à Grenoble. Ce sont les associations étudiantes Animaths et Filles & maths qui conçoivent ces événements. À l’ENS de Rennes, ces rendez-vous ont été organisés par les élèves. Pour Gaëtan Leclerc, en première année, « Il n’y a pas de prédispositions aux maths à la naissance. Il y a donc un biais social. Et à cause de ça, la moitié de la population subit des inégalités ! »

Combattre les stéréotypes

Pour changer la donne, Jérémy Le Borgne, enseignant-chercheur en maths, a expliqué aux participantes comment repérer et combattre les stéréotypes sexistes. Il peut s’agir de l’énoncé d’un exercice sexiste, de groupes de travail systématiquement non mixtes, ou encore de découragements particulièrement adressés aux filles. « Face à ces questions, la meilleure solution est de réagir ensemble, souligne Jérémy Le Borgne. Il est important que les élèves évoquent ces difficultés auprès du corps enseignant. »

Sensibilisation au lycée

Des actions de sensibilisation se déroulent partout en Bretagne. L’Université de Rennes 2 a mis en place les mardis de l’égalité, pour échanger sur un thème précis. Une journée de sensibilisation est organisée pour les classes de seconde, sur les stéréotypes concernant les sciences expérimentales et les sciences humaines. Citons également l’UBS(3) (lire p. 13) ou l’UBO(4), qui sensibilisent les enseignants aux stéréotypes, et la Maison pour la science. Elle intervient notamment dans les collèges et lycées pour expliquer que l’informatique n’est pas une discipline masculine.

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Julie Lallouët-Geffroy

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