Des sardines pour le cerveau

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mars 2019
L'innovation naît en mer
Le projet Brain Booster s’intéresse aux sardines. Elles contiennent des molécules bénéfiques pour le cerveau humain.
Yves Gladu

Certaines molécules du poisson retardent le vieillissement de notre cerveau. Une étude clinique va commencer.

« Elles sont belles mes têtes de sardines, elles sont fraîches mes arêtes, elles vont booster votre cerveau ! » Des têtes, des arêtes ? Depuis 15 ans, la société Abyss’ Ingredients, implantée à Caudan et Quimper, les récupère avec les écailles, la peau, les viscères et le cartilage des sardines. Des peptides, autrement dit des morceaux de protéines, en sont extraits. Ils sont bénéfiques pour la santé humaine.

Améliorer la mémoire

Depuis deux ans, cette société coordonne le projet Brain Booster dont le but est d’améliorer la mémoire des seniors. « Nous nous adressons à des gens plutôt en bonne santé, qui veulent mieux vivre », explique Alexis Méhaignerie, le président d’Abyss’ Ingredients. La société est déjà présente sur le marché de la santé osseuse : des molécules améliorent la régénération des os, chez les personnes atteintes d’ostéoporose. D’autres produits de biotechnologie marine combattent l’arthrite et l’arthrose. Aujourd’hui, la société se tourne vers la santé cognitive.

« Le but du projet Brain Booster(1) est de développer, à partir de ressources marines, un ingrédient capable de retarder les effets délétères du vieillissement, notamment la perte de mémoire, poursuit Alexis Méhaignerie. Grâce à des cultures cellulaires, nous avons identifié des molécules qui ont une action de neuroprotection. » Ces molécules permettent aux neurones de rester actifs plus longtemps. « Vous vous souvenez quand votre grand-mère préparait la soupe de poisson avec les restes des poissons et des aromates ? Nous faisons la même chose : une soupe où tout est contrôlé, sans mélanger les coproduits entre eux, sans ajouter de conservateur ni de molécule synthétique. C’est du poisson au début, cela n’est que du poisson à la fin. »

Pour ce projet(1), Abyss’ Ingredients s’est associée à des partenaires industriels et académiques. À Douarnenez, Chancerelle, leader européen du marché de la sardine, fournit les coproduits(3) de poisson. Diana Food, producteur de concentrés et poudres alimentaires naturels, en extrait(4) les principes actifs. Une équipe de chercheurs du Lemar(5) à Brest améliore la technique d’extraction des molécules intéressantes. Une équipe de l’Inra(6) à Bordeaux tente de comprendre comment les molécules protègent le cerveau de la dégénérescence.

Des résultats cette année

À la suite des cultures cellulaires, l’équipe d’Abyss’ Ingredients a commencé les études précliniques sur des souris. Des résultats sont attendus ce printemps. « À partir de cet été, nous réaliserons des études cliniques. Un laboratoire indépendant donnera notre molécule, ou un placebo, à cent personnes. Il leur fera passer des tests de mémoire, de confort et ils rempliront des questionnaires », renchérit Alexis Méhaignerie, optimiste. L’objectif visé est la commercialisation de la molécule auprès de laboratoires pharmaceutiques d’ici 2020.

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Claire Guérou

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