L’innovation naît en mer

Les molécules de l’océan peuvent changer nos vies. Le potentiel des biotechnologies est immense et la Bretagne est bien placée.

Mirjam Czjzek est la directrice adjointe du laboratoire Biologie intégrative des modèles marins, à la Station biologique de Roscoff. Les recherches sur des bactéries, algues, oursins et roussettes contribuent au développement de nouvelles molécules d’intérêt pour les biotechnologies marines.

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mars 2019
L'innovation naît en mer

Sciences Ouest : D’où vient le succès des biotechnologies marines ?

Mirjam Czjzek : L’océan recouvre plus de 70 % de notre planète et il reste pourtant largement inexploré. On estime connaître seulement 10 % des espèces marines et 40 à 50 % de leur génome. Il reste énormément à découvrir. Grâce aux nouvelles technologies (séquençage haut débit, spectrométrie de masse, bio-informatique), nous pouvons désormais extraire de quelques grammes de matière, des molécules intéressantes pour la santé, la nutrition ou encore la cosmétique. Ces secteurs sont friands de biotechnologies marines.

SO : Quels produits sont commercialisés ?

MC : L’agar-agar d’algues rouges est depuis longtemps utilisé comme gélifiant pour les flans et yaourts. Des éponges et mollusques ont inspiré la synthèse de molécules anticancéreuses. Des entreprises de cosmétique intègrent dans leurs produits des principes actifs issus d’algues, comme ceux anti-âge et hydratants de la société finistérienne Lessonia. Une filière de valorisation de molécules de macroalgues pour la nutrition animale est étudiée à travers le projet Algolife (lire p. 16). En revanche, à ce jour les carburants à base d’algues sont dans une impasse. Ils consomment plus d’énergie qu’ils n’en produisent. C’est le défi des biotechnologies marines : être rentables et écologiquement viables.

SO : Quels sont les freins ?

MC : Pour les algues, le premier est lié à l’acceptabilité par le public des projets de culture en mer. Ils peuvent être en compétition spatiale avec les activités de pêche, de conchyliculture ou de loisirs. Les gens craignent aussi de voir se reproduire en mer les erreurs écologiques commises à terre. Le second est lié au financement des projets sur trois à cinq ans. Le temps d’identifier une molécule, de valider son efficacité, de maîtriser sa production et son extraction en grande quantité, le tout à des prix acceptables... Cela peut prendre dix ans !

SO : Quels sont les atouts de la Bretagne ?

MC : Avec ses 1700 kilomètres de côtes, ses 800 espèces d’algues et de nombreux acteurs clés(1) (lire p. 14), la Bretagne est la région la plus active dans ce domaine. Soutenus par la Région, industriels et chercheurs se connaissent et se parlent. Mais les collaborations privé-public ne sont pas naturelles en France, contrairement à la Norvège ou l’Irlande, pays leaders du domaine. Chez eux, tout projet passe par l’Institut marin national. C’est l’interlocuteur unique des acteurs des biotechnologies marines. Avec la création du Centre national de ressources biologiques marines(2), qui facilite l’accès des chercheurs et des entreprises aux ressources, équipements de pointe et compétences des stations marines, nous allons dans le bon sens. Mais il reste du chemin à faire !

Roscoff dans l’économie bleue

La Station biologique de Roscoff est un acteur-clé pour le développement des biotechnologies marines. Elle s’est engagée dans la création du parc d’innovation “Blue Valley Park”(3) dédié à l’implantation d’entreprises. L’accès aux ressources, aux compétences et aux moyens de la station leur est facilité.

Dans le cadre du projet “Blue Train”(4), la station met aussi en place des formations initiales et continues pour accompagner le développement des biotechnologies marines. Ces deux initiatives devraient booster l’économie bleue bretonne.

JD
Bernard Kloareg, Blue Valley Park, tél. 02 56 45 21 49, kloareg@sb-roscoff.fr Christophe Bazinet, Blue Train, tél. 02 98 29 56 66, christophe.bazinet@sb-roscoff.fr

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Julie Danet

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