Précieuses bactéries marines

L'innovation naît en mer

N° 370 - Publié le 6 mars 2019
Polymaris
Les souches de bactéries marines sont la matière première pour de nombreuses applications.

À partir de bactéries marines, Polymaris conçoit des matériaux comme du plastique biodégradable.

Les polysaccharides sont la spécialité de Polymaris. En langage courant, les polymères de sucre. « Lorsqu’une bactérie est stressée, elle peut produire du mucus, explique le fondateur de l’entreprise brestoise, Bertrand Thollas. Dans ce mucus se trouvent des polysaccharides. Ils ont des propriétés potentiellement intéressantes pour des applications concrètes, en particulier dans la cosmétique. »

Un millier de souches

Le chimiste, qui a fait ses classes à l’Université d’Orléans puis à l’Ifremer, s’est penché avec son collègue Anthony Courtois sur les bactéries de notre littoral. Celles que l’on trouve à portée de main, dans la mer ou sur un rocher. Le surgélateur de l’entreprise abrite une collection d’un millier de souches, dont une quarantaine de polymères.

Pour obtenir le mucus tant convoité, il faut mettre la bactérie visée dans de bonnes conditions. « Comme dans un spa », commente le chimiste. Tout en la stressant, « en déséquilibrant son alimentation, par exemple. » Le résultat est analysé pour établir les caractéristiques de la bactérie et ses potentialités. Au client, l’entreprise cosmétique, de réaliser ensuite ses propres tests pour chercher des propriétés qui collent parfaitement avec ses besoins. Seul 1 % des bactéries prélevées au départ restent dans la course. « Nous travaillons à l’aveugle, poursuit Bertrand Thollas. Nous ne savons pas exactement quel polymère agit de telle manière pour tel type de produit. »

Correctement maniées, les bactéries produisent du bioplastique. Polymaris

Du bioplastique

Fort de son expérience dans l’analyse et la culture de polysaccharides, Polymaris investit depuis trois ans dans la conception de bioplastique. C’est-à-dire du plastique conçu à partir de la biomasse marine. Et biodégradable. « Nous avons réalisé un disque bioplastique de dix centimètres de diamètre et deux millimètres d’épaisseur. Nous l’avons immergé dans le port de Brest. En vingt jours, il n’en restait plus que le contour. » Les organismes vivants du port s’en étaient servi comme nourriture.

Dans un compost, le résultat devrait être similaire. Mais le même gobelet en bioplastique, posé sur une table, ne se décomposera pas. « Il faut un contexte propice pour que le produit se dégrade. De la chaleur et une biomasse importante, entre autres. » Pour parvenir à ce résultat, les bactéries ciblées doivent produire “du gras”. « Quand vous sautez un repas, votre corps réagit en faisant des réserves de graisse. Les bactéries font pareil. » La nourriture est donc la principale variable. En fonction de ce facteur, des bactéries marines peuvent être poussées à produire des chaînes de polyesters qui donnent un bioplastique... plus ou moins cassant.

Julie Lallouët-Geffroy

Bertrand Thollas
tél. 02 85 29 10 70
contact@polymaris.com

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