Comprendre les émotions du cochon
Actualité
Une étude européenne révèle ce que cache le cri du cochon.
Joie, peur ou tristesse ? Les cochons aussi ont des émotions. Ils s’expriment grâce à un panel de sons très variés, des grognements d’allégresse aux cris stridents de détresse. Et s’il était possible de comprendre leur état émotionnel en écoutant leurs grouinements ? C’est l’idée du projet européen Soundwel(1), coordonné par l’Inra(2) depuis 2016. « Nous développons un logiciel de reconnaissance des vocalisations des porcs, explique Céline Tallet, éthologue Inra au Rheu, près de Rennes, et chargée du projet. Nous souhaitons aider les éleveurs à mieux comprendre leurs animaux. »
30000 sons enregistrés
Chez les mammifères, la structure d’un son (fréquence, amplitude) dépend des caractéristiques de l’individu (taille, poids, sexe), mais aussi de l’émotion qui l’a engendré. En analysant cette structure, il est possible de retrouver l’émotion à l’origine du cri du cochon. Environ 30000 sons ont été enregistrés à l’aide de micros placés dans les fermes de plusieurs instituts de recherche. Dans chaque cas, les chercheurs ont observé le comportement des porcs. L’ensemble représente une vingtaine de situations dans la journée de l’animal.
Certaines sont supposées négatives. Par exemple l’isolement, ou le fait de se faire attraper par un humain. D’autres semblent positives, notamment quand les cochons jouent ou mangent. « L’idée est de mettre à disposition de l’éleveur un logiciel, sur ordinateur ou tablette, pour qu’il soit alerté en temps réel de ce qui se passe dans son élevage. » Un programme d’intelligence artificielle (IA) pourra reconnaître les émotions liées aux vocalisations des cochons. Et même indiquer la situation correspondante ! Les émotions positives sont prises en compte par le logiciel. Cette IA sera testée au cours de l’année.
Du temps avec les animaux
Ces dernières décennies, l’évolution de l’industrie porcine s’est faite au détriment du temps passé avec les animaux. Plusieurs tâches, comme l’alimentation ou le nettoyage, sont en partie automatisées. Les éleveurs ont moins d’interactions avec le troupeau.
Diminuer la peur
Pour les animaux, ils sont seulement associés aux tâches pénibles : séparer les groupes ou faire des piqûres d’antibiotiques. Cela crée de la peur chez les porcs. « Nous avons longtemps cherché à diminuer cette peur envers les humains. Nous voulons aller plus loin en favorisant les situations positives. » La détection des émotions permet d’identifier toutes les situations qui rendent plus agréable la vie des animaux. Ces moments pourront ainsi être favorisés. Les éleveurs y gagneront en bien-être et en productivité.
Repérer les bagarres
Outre le son, l’Inra s’intéresse aussi aux images, via le projet européen Pigwatch(3), qui a pris fin en mars. Il s’agit de repérer en amont les comportements à risque, tels que les bagarres ou les problèmes de caudophagie (mordillements des queues), sur des vidéos. Les porcs disposent de capteurs et sont filmés en continu avec une caméra de vidéosurveillance. À partir de ces données, une intelligence artificielle détecte les agitations anormales ou les bagarres. Un SMS est envoyé automatiquement à l’éleveur pour l’avertir.
(1) Avec plusieurs partenaires (Institut FBN en Allemagne, Institut des sciences animales de République tchèque, Université des sciences de la vie en Norvège, ETH en Suisse, Bureau études & travaux de recherches en éthologie, Inra Auvergne-Rhône Alpes).
(2) Institut national de la recherche agronomique, UMR Pegase.
(3) En collaboration avec le CEA Leti, à Grenoble.
Céline Tallet, tél. 02 23 48 50 53,
celine.tallet@inra.fr
TOUTES LES ACTUALITÉS
du magazine Sciences Ouest