Un réseau aux petits soins

Dépistages précoces, formation à l’innovation, rôle majeur des parents, données massives : la pédiatrie est en pleine évolution.

Les hôpitaux et les laboratoires s’associent pour étudier la santé de l’enfant, du nouveau-né à l’adolescent. Le professeur Jacques Sizun, du réseau Hugoperen (lire encadré), est chef du service de réanimation néonatale et de néonatologie à l’hôpital de Brest.

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avril 2019
Aux petits soins

Sciences Ouest : Quels sont les grands problèmes de santé chez l’enfant ?

Jacques Sizun : L’obésité et le diabète sont en explosion. Il y a de nombreux cas d’autisme, mais la recherche a pris du retard en France. Nous avons la chance d’avoir des vaccins pour nous protéger des maladies infectieuses. Les pathologies héréditaires ont bénéficié de la dynamique du Téléthon, qui a financé de nombreux travaux de recherche. Sans oublier la prématurité qui concerne un enfant sur dix dans le monde.

SO : Les premiers jours sont importants ?

JS : Oui, il a été montré récemment l’importance des mille premiers jours d’un individu(1). Un petit poids de naissance est prédictif d’obésité, d’hypertension et de diabète. Il faut dépister les problèmes tôt, pour intervenir rapidement et de manière intensive.

SO : Comment améliorer les soins ?

JS : Quand la recherche montre qu’une technique ou un soin est efficace, aucun fossé ne doit exister entre le résultat et la pratique. Parfois, les données issues de la recherche ne sont pas utilisées. Il est donc nécessaire de former les professionnels à l’innovation, pour l’appliquer avec les patients. Dans les années à venir, les usagers et les parents vont jouer un rôle majeur. En novembre dernier, l’association EFCNI(2) a déposé au Parlement européen un livre blanc validé par des experts. Il montre la disparité des prises en charge de l’enfant et propose des standards de soins. Nous devons prendre cela en compte.

SO : Quels sont les freins en pédiatrie ?

JS : Notre système médical est performant, puisque tout enfant né en France a le droit aux vaccinations et à vingt consultations gratuites. Le nombre d’hospitalisations diminue, les plateaux-techniques se perfectionnent. Sur tout le territoire, et en particulier en milieu rural, les services de PMI(3) jouent un rôle important. La France est l’un des pays qui dépensent le plus pour la santé, en termes de pourcentage du PIB(4). Mais nos résultats ne sont pas à la hauteur ! Ce n’est pas un problème d’argent, mais de stratégie. Dans quel domaine voulons-nous investir pour améliorer la santé des enfants ?

SO : Quelles sont les spécialités en Bretagne ?

JS : Nous nous intéressons particulièrement à la période précoce. L’approche de Sylvain Brochard à Brest consiste à intervenir le plus tôt possible auprès des enfants atteints de paralysie cérébrale (lire p. 16). Notre hôpital a été précurseur, avec le programme Nidcap pour les enfants prématurés (lire p. 14). Nous travaillons avec l’équipe de Patrick Pladys à Rennes. Il récupère des données massives dans les monitorings(5) des enfants, par exemple leur électrocardiogramme (lire p. 15). La maîtrise des outils de récupération de données complète nos analyses comportementales.

200 spécialistes de Brest à Tours

Le réseau de recherche en santé de l’enfant du Grand Ouest(6), intitulé Hugoperen, rassemble plus de 200 cliniciens et chercheurs. Il réunit les CHU d’Angers, de Brest, de Nantes, de Rennes et de Tours autour de trois axes : cancer et infectiologie, nutrition et endocrinologie, et les technologies pour la santé. Hugoperen permet le lancement de grands programmes de recherche, pour lesquels des laboratoires et des entreprises innovantes collaborent.
« Ce réseau favorise le développement de la recherche, les collaborations et l’obtention de financements, explique Jacques Sizun. Cela permet à un CHU d’exister à l’échelle interrégionale. »

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Marion Guillaumin

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