Glyphosate : des effets sur le rat

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juin 2019
Julie Dechartres a montré que le Roundup modifie le comportement des rats.
Laurent Guizard

L’herbicide modifie le cerveau et le microbiote du rat.

Le glyphosate est l’herbicide le plus vendu dans le monde. Cette molécule de synthèse est contenue dans le Roundup, le produit phare de la marque Monsanto rachetée par l’Allemand Bayer l’an dernier. Le glyphosate devient très actif s’il est mélangé avec d’autres substances. Il suscite des inquiétudes quant à la santé humaine : est-il toxique et cancérogène ? Pour sa thèse en neurosciences à l’Irset(1) à Rennes, soutenue en février, Julie Dechartres a étudié les effets du glyphosate sur des rats.

« Nous sommes l’une des premières équipes à comparer les effets du glyphosate, pur ou associé avec les produits annexes du Roundup, sur des animaux », explique la biologiste. L’ingestion du Roundup, comme celle du glyphosate pur, entraîne des modifications dans le cerveau des rats. Ces résultats viennent d’être publiés dans une revue scientifique(2).

Comportement des mères

Pour mener ses expériences, Julie Dechartres a réuni trois groupes de sept à huit rates en gestation. L’un des groupes a reçu du glyphosate, le second du Roundup acheté dans un magasin de jardinage. Le troisième a reçu de l’eau. Chaque matin, la doctorante apportait aux mères des galettes vanillées imbibées du traitement. Allaitement, soins, marques d’attention : le comportement des mères a été observé.

« Dans le groupe Roundup, les rates ont passé plus de temps à lécher les jeunes. » L’étude ne dit pas si ce comportement “accentué” a une influence sur les ratons. Le léchage est en effet important pour leur développement. « Cela détermine le comportement social des mâles », explique Thierry Charlier, professeur à l’Université de Rennes 1 et directeur de thèse de Julie Dechartres.

Les chercheurs ont ensuite étudié le cerveau des rates. L’hippocampe et le cortex préfrontal sont deux régions impliquées dans le comportement maternel.

Connexions entre neurones

« Que ce soit pour le glyphosate pur ou le Roundup, le nombre de connexions entre les neurones augmente dans l’hippocampe. Il baisse dans le cortex préfrontal. » Des modifications cérébrales sont parfois liées au microbiote intestinal(3). Des analyses de selles ont révélé une variation du nombre de certains groupes de bactéries, surtout chez les rates qui ont consommé du Roundup.

Est-ce dangereux ? « Nous ne savons pas si ces effets sont négatifs, neutres ou bénéfiques, soulignent les chercheurs. Nous avons montré que cela provoque des modifications chez les rates. » Les biologistes continuent les recherches sur ces molécules commercialisées, “trop peu étudiées” et très présentes dans l’environnement.

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Morgane Guillet

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