Le gadolinium pollue la mer

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septembre 2019
Un produit médical utilisé pour les IRM se retrouve dans les coquilles Saint-Jacques.
Erwan Amice / Cnrs

Quelques heures après une IRM (1), les urines du patient peuvent polluer l’environnement. Pour bien voir les tissus, comme les muscles ou la moelle épinière, les radiologues injectent un produit de contraste. Son principal ingrédient est le gadolinium (2). Il passe entre les mailles du filet des stations d’épuration… et finit sa course dans l’océan.

En France, trois tonnes de gadolinium sont rejetées chaque année. Des traces ont été retrouvées dans des coquilles Saint-Jacques. Cette découverte d’une équipe brestoise fait l’objet d’une publication scientifique (3). Tout commence en 2016, lorsque Jean-Alix Barrat, géologue CNRS au Laboratoire géosciences océan, et son étudiant Samuel Le Goff détectent une concentration excessive en gadolinium dans la chair de coquillages (patelles) en rade de Brest. Ils se rapprochent de Laurent Chauvaud, qui étudie les coquilles Saint-Jacques à l’IUEM (4). « Chaque hiver, une cerne se forme dans le squelette de la coquille, explique le biologiste. Cela permet de connaître l’âge du mollusque et de suivre sa croissance. » Les chercheurs utilisent cette propriété pour lire dans la coquille Saint-Jacques les archives de l’environnement. Des éléments chimiques peuvent se retrouver piégés dans ces stries. Qu’en est-il du gadolinium ?

Des traces depuis 30 ans

Depuis les années 90, Laurent Chauvaud récupère des coquilles Saint-Jacques en rade de Brest. Sa collection rassemble des milliers d’échantillons. En les analysant, l’équipe a repéré les traces de gadolinium depuis 30 ans ! « Il y a eu un excès entre 1989 et 2005, indique Jean-Alix Barrat. La concentration a diminué jusqu’en 2010, car certaines molécules ont été interdites en Europe. Elles entraînaient des effets secondaires chez les patients. » Cette concordance avec l’usage médical est démontrée par la mise en relation des données de la Cnam (5) et l’analyse chimique des coquilles. Aujourd’hui, le rejet de gadolinium augmente de manière exponentielle ! « Nous ignorons encore l’effet de cette pollution sur l’environnement », poursuit le géologue. Pour limiter sa propagation, un traitement des urines pourrait être effectué après l’injection. « Et l’utilisation d’un produit de contraste, souvent systématique, devrait être plus raisonnée. »

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Marion Guillaumin

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