Cancer : le chien nous aide

L'histoire continue

N° 374 - Publié le 26 juillet 2019
Morgane Guillet
Anaïs Prouteau (à gauche) réalise sa thèse en génétique dans l'équipe de Catherine André.

La génétique permet de lutter contre des tumeurs, présentes chez le chien et chez l’homme.

Etre malade comme un chien.  On ne croit pas si bien dire ! Des maladies sont communes aux chiens et aux humains. C'est sur ce constat que se basent des recherches à l'Institut de  génétique et développement de Rennes.« Nous étudions des maladies génétiques rares chez l'homme mais fréquentes chez certaines races de chiens », explique Catherine André, généticienne et responsable de l'équipe. C'est le cas du mélanome muqueux, un cancer de la bouche sur lequel travaille en ce moment Anaïs Prouteau, vétérinaire et étudiante en thèse.

25 000 échantillons

« Nous étudions d’abord les nombreuses données génétiques récupérées chez le chien, explique la doctorante. Dans un second temps, nous cherchons à comprendre si les mêmes gènes sont touchés chez l'humain. » Objectifs : développer un test de dépistage pour la médecine vétérinaire, un traitement pour le chien et de nouvelles thérapies en santé humaine. Aucun animal n'est pourtant présent dans le laboratoire. « Nous sommes associés à un réseau de vétérinaires en France. Avec l'accord des particuliers, nous récupérons des prélèvements sanguins ou de tissus, réalisés lors du suivi médical des chiens. » En quinze ans, le laboratoire a constitué une biobanque1 de plus de 25 000échantillons. L'ADN des chiens est extrait et stocké dans cette base de données. Cela permet aux chercheurs d’identifier les anomalies génétiques des chiens cancéreux.

L'équipe avait repéré des altérations de gènes dans soixante-dix tumeurs de mélanomes canins. À partir d'une nouvelle cohorte de soixante-treize chiens, Anaïs Prouteau a confirmé et validé ce résultat. « Dans 50 % des mélanomes buccaux canins, certains gènes sont amplifiés. Ils sont présents en plus grande quantité. J'ai montré que cela a un effet sur le pronostic vital : ces chiens vivent moins longtemps que les autres, malades également, mais n’ayant pas l’altération. » La jeune chercheuse a mis en évidence une division cellulaire plus active sur ces tumeurs. Les mélanomes présentant ces altérations génétiques sont donc plus agressifs. L'objectif est de savoir si ces modifications sont aussi amplifiées dans les mélanomes muqueux humains. Ont-elles une influence sur la survie, comme chez les chiens ? Quel est leur rôle et peut-on les inhiber avec un traitement particulier ? Il reste une année à la doctorante pour répondre à ces questions.

Tester des médicaments

Anaïs Prouteau cherche aussi un traitement efficace chez le chien... et chez l’homme. « De petits prélèvements demélanomes de chiens sont mis en culture pour créer des lignées cellulaires. Nous testons différents médicaments. Ils doivent agir sur les gènes altérés que nous avons identifiés. »  L’un d’eux pourrait-il faire diminuer la prolifération des cellules tumorales ? Les avancées contre une autre maladie montrent que c’est possible. « Benoît Hédan a trouvé des altérations génétiques spécifiques du sarcome histiocytaire2 et a montré que des thérapies agissent efficacement sur les lignées cellulaires », indique Catherine André. L’étape suivante consiste à les tester chez le chien et chez l'homme.

Morgane Guillet

1. Cette structure assure la collecte et la conservation d'échantillons biologiques. Ils sont mis à la disposition de la communauté scientifique.
2. Prolifération anormale d'histiocytes (cellules du système immunitaire) dans différents organes.

Catherine André, 02 23 23 41 75
catherine.andre@univ-rennes1.fr

Anaïs Prouteau, 02 23 23 51 69
anais.prouteau@univ-rennes1.fr

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