Le faux sucre modifie le cerveau
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Boire un soda “light” ne serait pas sans conséquence.
La consommation régulière des boissons contenant de faux sucres, appelés édulcorants, pourrait affecter certains organes vitaux, comme le foie et le cerveau. C’est la conclusion d’une recherche1 menée par Charles-Henri Malbert, vétérinaire et chercheur à l’Inra à Saint-Gilles.
Depuis 2016, Charles-Henri Malbert s’intéresse aux effets de la consommation du sucre. « Jusqu’à présent, nous pensions que chaque organe réagissait de la même manière à l’ingestion de glucose. Nous avons démontré le contraire. » Avec un confrère australien2, il étudie l’effet des édulcorants de synthèse sur le tube digestif. Ces additifs sans calories donnent un goût sucré aux boissons et aux aliments.
Dans chaque organe
Les chercheurs se sont intéressés à un mélange d’édulcorants présent dans la majorité des boissons “0 %”.
L’acésulfame K a un pouvoir sucrant très puissant, mais il laisse un arrière-goût métallique. Le sucralose permet de le camoufler. Pour l’expérience, des porcs3 ont été nourris avec ce mélange d’édulcorants pendant trois mois. « Ils ont reçu une dose équivalente à un demi-litre de soda light par jour chez l’homme. » Des images obtenues au scanner4 ont permis aux chercheurs de calculer, pour la première fois, la quantité de glucose consommée par chaque organe.
Premier résultat, l’ingestion de faux sucre n’a pas d’effet global sur l’organisme. Mais les conséquences sont importantes pour le foie et l’intestin grêle… et surtout pour le cerveau. Ces organes ont besoin de glucose, qui peut jouer le rôle de carburant. Mais ils en absorbent presque deux fois trop ! Le fonctionnement cérébral est affecté en profondeur, car les réseaux neuronaux sont modifiés. « L’effet observé est le même que dans le cerveau d’un adulte obèse qui prend encore du poids. Les conséquences sont néfastes. »
Problème de santé publique
Les scientifiques ne s’y attendaient pas. « Nous avons levé le voile sur un problème de santé publique », résume Charles-Henri Malbert. Pour aller plus loin, les chercheurs veulent reproduire l’étude avec deux groupes de porcs : l’un recevant de l’acésulfame K et l’autre du sucralose. Et ensuite, refaire les expériences avec d’autres modèles animaux.
Chez les humains, le rapport bénéfices–risques des édulcorants de synthèse devra être évalué. Addictes au goût sucré, des personnes obèses en consomment : le “zéro calorie” est un vrai avantage. Mais tous les effets sur la santé sont à prendre en compte, y compris chez une personne en bonne santé.
1. Ces travaux ont été publiés en juillet 2019, dans la revue European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging.
2. De l’Université d’Adélaïde, où Charles-Henri Malbert est également professeur de médecine.
3. Des mini-porcs, dont le fonctionnement cérébral et digestif ressemble à celui de l’homme.
4. Des détecteurs de radioactivité ont également été nécessaires.
Charles-Henri Malbert,
charles-henri.malbert@inra.fr
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