Un mathématicien défendit Dreyfus
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L’esprit scientifique a impulsé une volonté de juger sur preuve.
À la fin du 19e siècle, le mathématicien Jules Andrade est professeur à la faculté des sciences de Rennes. Trois jours après l’article « J’accuse » d’Émile Zola, il publie dans L’Aurore du 16 janvier 1898 une lettre ouverte au général Auguste Mercier. Il écrit à son “cher ca-marade”, formé comme lui à l’École polytechnique, qui était ministre de la guerre lors de la condamnation de Dreyfus. Jules Andrade exige la révision du procès, en invoquant la vérité et la probité scientifique.
À cette époque où l’antisémitisme se développe en France, les propos du professeur enflamment Rennes. Au lendemain de la tribune de Jules Andrade, 1 200 étudiants antidreyfusards manifestent devant chez lui pour le huer et réclamer sa démission. Le professeur sera muté à Montpellier. Deux autres savants rennais, le chimiste Jacques Cavalier et le physicien Pierre Weiss, défendront avec lui Dreyfus. « Leur esprit scientifique a impulsé une volonté de vérité, explique l’historienne des sciences Florence Riou. Ils revendiquent de juger sur preuves, plutôt que de croire par ordre. » Avec quatre autres universitaires, le professeur de littérature allemande Victor Basch, l’historien Henri Sée, le juriste Jules Aubry et le philologue Georges Dottin, les trois scientifiques fonderont la section rennaise de la Ligue des droits de l’homme.
L’engagement des scientifiques
Cette histoire de l’engagement des scientifiques dreyfusards et de leurs épouses est présentée dans la nouvelle brochure de l’association Rennes en sciences. Elle est signée par deux membres de l’association, les historiens Yves Rannou et Florence Riou, et s'appuie notamment sur les recherches de Vincent Duclert et d’André Hélard. Riche en reproductions de lettres1 et d’articles, ce livre fait revivre une époque, celle où les intellectuels, notamment les scientifiques, s’investissent dans la société.
La parution s’inscrit dans les commémorations du procès en révision du capitaine Dreyfus, en 1899, dans l’actuel lycée Émile Zola. Conférences, visites, expositions : la programmation se poursuit ce mois-ci, notamment au musée de Bretagne.
1. Fonds Dreyfus, musée de Bretagne
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