Chacun peut enrichir la biodiversité

Carte blanche

N° 376 - Publié le 2 novembre 2019
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Portrait de Joan van Baaren
Carte blanche
Joan van Baaren
Professeure à l'Université de Rennes 1, directrice du laboratoire Écobio.

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La biodiversité est menacée partout dans le monde. « La dégradation des terres, l’érosion de la biodiversité et le changement climatique sont les trois aspects d’un même problème majeur : l’impact de nos modes de vie sur la santé de la nature » explique Robert Watson, le président de l’IPBES¹. D’ici 2050, 38 à 46 % des espèces animales et végétales pourraient avoir disparu de notre planète ! Cette perte de biodiversité sera responsable, entre autres, de la baisse des rendements agricoles. Cela pourrait entraîner des migrations de 500 à 700 millions de personnes d’ici 30 ans. L’humanité est directement concernée par cette érosion de la biodiversité.

Réduire les pesticides

Elle nous est indispensable. La biodiversité fournit à l’homme de multiples services, à condition que les écosystèmes soient en bonne santé ! Dans notre unité de recherche Écobio à Rennes, nous étudions les services rendus par la nature : l’activité des pollinisateurs, l’épuration naturelle des eaux, le recyclage des nutriments, le contrôle des insectes ravageurs dans les champs, grâce à leurs ennemis naturels qui sont d’autres insectes… Non seulement la nature est magnifique, mais sa diversité nous est vitale. Pour la sauver, il est nécessaire de réduire l'usage des pesticides dans l’agriculture. L’Union européenne et la France se sont engagées dans ce processus de réduction. De plus en plus d'études scientifiques démontrent que les pesticides sont à l’origine d’une partie de l'érosion de la biodiversité. Ils altèrent les services écosystémiques, en empêchant la pollinisation des fleurs. Les pesticides induisent des phénomènes de résistance chez les insectes ravageurs et chez les plantes appelées “mauvaises herbes”. Ils ont des effets nocifs sur la santé humaine.

La lutte biologique efficace

Comment lutter contre les insectes ravageurs des champs, pour garantir l’alimentation humaine ? La lutte biologique dite “par conservation”, est un moyen d’avenir. Il s’agit d’aménager d’une manière différente l’environnement des parcelles agricoles, ou les champs eux-mêmes. Par exemple, en augmentant la biodiversité végétale des bordures de champs ou en pratiquant des cultures qui associent plusieurs espèces. Ces recherches, dont nous sommes des spécialistes à Rennes, se développent partout dans le monde, notamment en Chine, en Amérique latine et au Canada. Cette méthode “naturelle” nous aide aussi à résister aux changements climatiques !

La lutte biologique par conservation rend l’écosystème plus résilient, face aux perturbations de l’environnement. Une nature riche en biodiversité se rétablit toujours plus facilement après des catastrophes. Nourrir la population humaine, tout en maintenant la biodiversité dans nos paysages agricoles, est une voie de recherche très prometteuse.

Dans son jardin ou son quartier

Chacun peut, à l’échelle de sa maison ou de son quartier, participer à l'enrichissement de la biodiversité. Par exemple, en remplaçant un coin de pelouse bien tondu par un jardin diversifié et fleuri. Un balcon peut devenir un espace verdoyant, apprécié par les insectes butineurs. En ville, quand les pesticides ne sont plus utilisés dans les espaces verts, on voit des herbes folles sur les pelouses, les ronds-points, les trottoirs... Toutes ces plantes hébergent de nombreuses espèces animales : elles forment une part modeste, mais essentielle de la biodiversité globale. Laissons-les pousser !

1. L’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) est l’équivalent, pour la biodiversité, du Giec pour le climat.

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