Une tonne de vers par hectare

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décembre 2019
Les vers de terre (ici un Lombricus terrestris) créent des galeries qui permettent à l'eau de s'infiltrer.
Guenola Peres

 

Une équipe de 141 chercheurs a recensé les études sur les vers de terre, sur environ 7 000 sites dans 57 pays. « Les 3 000 espèces connues sont fortement affectées par les conditions climatiques », explique Guénola Pérès. Maître de conférences en écologie du sol à l’Agrocampus Ouest à Rennes, elle a participé à cette première synthèse mondiale. « La carte mondiale établie montre une forte disparité1, pouvant suggérer un nombre plus important d’espèces en milieu tempéré que tropical. Bien que ce dernier abrite globalement une plus grande biodiversité. » Les lombriciens2 représentent la plus forte biomasse d’organismes vivants dans le sol, à l’exception des microorganismes3. En pays tempérés, sous une prairie de la taille d’un terrain de foot, on peut trouver une tonne de vers de terre4.

Les chercheurs estiment qu’il y aurait dans le monde 78 lombriciens sous un mètre carré de sol. « Dans les cultures en France, ils sont en moyenne 215 par m². En prairie il peut y avoir jusqu'à 1 600 individus ! » précise la biologiste. Les vers de terre se classent en trois catégories, dont les anéciques. Leurs galeries verticales permettent à l’eau de mieux s’infiltrer. Ces “laboureurs” enfouissent la matière organique, ce qui enrichit le sol. Mais leur mission d’ingénieurs du sol ne s’arrête pas là ! « Leurs déjections5 en surface sont trois fois plus stables que le sol environnant. Elles augmentent la rugosité de surface. Quand il pleut, l’eau serpente et cela ralentit le ruisselle-ment. L’érosion peut être diminuée d’un facteur quatre ! »

Leurs déjections absorbent les pesticides

Une partie des déjections reste dans les galeries, où elles absorbent des éléments comme les nitrates ou les pesticides. Cela peut réduire par trois le transfert de certains herbicides vers les nappes. Les lombriciens améliorent la qualité de l’habitat des autres organismes du sol (champignons, bactéries, collemboles). Leur présence en nombre augmente de 25 % en moyenne les rendements des cultures.

Les vers sont très sensibles aux contraintes environnementales, notamment à l’action de l’homme. Les pratiques agricoles qui se développent (réduction des pesticides et du travail des sols) permettent d’augmenter le nombre de vers et d’espèces. En Bretagne, l’une des bonnes surprises des chiffres clés 2019 pour la biodiversité est l’abondance des vers de terre. Elle est élevée dans 36,9 % des sols échantillonnés. On compte en moyenne 295 vers de terre par m2 dans notre région.

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Marc Beynié

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