L’histoire est dans nos gènes

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N° 380 - Publié le 8 avril 2020
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L’étude génétique d’une foule, prise au hasard, raconte l’histoire de plusieurs groupes humains.

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Des chercheurs à Brest et Nantes ont analysé l’histoire génétique de plus de 2 000 personnes en France. Pour révéler des liens entre la génétique et des maladies.

Nous pouvons reconstruire l’histoire des habitants de l’Hexagone et décrire leur diversité génétique, grâce aux marques1 dans l’ADN », explique la Brestoise Emmanuelle Génin, directrice de recherche Inserm2 à l’Université de Bretagne occidentale. La généticienne coordonne une étude3, menée par les universités de Brest et Nantes, pour connaître l’histoire génétique des Français. C’est une première. L’un des objectifs est d’améliorer les connaissances sur l’ADN. En identifiant les variants dans les gènes, le but est aussi de mieux connaître le risque de contracter certaines maladies. Les résultats viennent d’être publiés4.

Limites géographiques

Les chercheurs ont analysé les données génétiques de 2 184 Français5. En comparant les génomes, ils ont établi six groupes d’individus, répartis selon des limites géographiques, historiques et linguistiques. Le génome se révèle parfois différent entre une personne qui parle gallo et un bretonnant ! Le fait d’habiter au Nord de la Loire peut se lire dans le génome.

« Autrefois, les gens ne traversaient pas le fleuve et l’on retrouve cela encore aujourd’hui gravé dans les gènes », explique Christian Dina, généticien CNRS à l’Université de Nantes6, également coordinateur de l’étude.

Ces données, qui déterminent une identité génétique propre à chaque groupe, auront des applications en médecine. « Connaître l’ADN des malades permet d’éviter les erreurs. Le risque est en effet de comparer des patients avec des personnes en bonne santé, qui n’ont pas la même histoire génétique », poursuit Emmanuelle Génin.

Depuis 150 générations

D’un point de vue historique, l’étude a montré une augmentation rapide de la taille de la population depuis 150 générations. Mais la population aurait diminué entre le 14e et le 15e siècle, durant la peste noire. « Les séquences ADN donnent une indication sur la taille de la population dans le passé. Cela permet d’étudier l’évolution des maladies et de leurs gènes », précise Christian Dina.

Les résultats inédits de cette étude seront référencés dans une banque de données, dans le cadre du plan France médecine génomique 2025.

« Les études de génétique sont cruciales pour le développement de la recherche médicale, complète Christian Dina. Cette connaissance de la structure génétique du pays permet de combler une lacune  dans les études en Europe. Elle sera utile aux généticiens médicaux et aux historiens. » Les archéologues, qui utilisent la génétique pour établir des liens entre des personnes à différentes époques, pourraient aussi être intéressés.

ÉMILIE VEYSSIE

1. Endroits, dans l’ADN, où la séquence varie entre différentes personnes.
2. Au sein de l’unité génétique, génomique fonctionnelle et biotechnologies.
3. Financée par l’Agence nationale de la recherche et la Région Pays de la Loire.
4. Dans la revue European journal of human genetics. Les premiers auteurs sont Aude Saint Pierre, maître de conférences à l’Université de Brest et Joanna Gieza, doctorante à l’Université de Nantes.
5. Ces personnes, sélectionnées de façon indépendante, font partie de deux cohortes différentes à Nantes et Brest. Elles comptent 60 % de femmes. Les individus ont 50 ans (première cohorte) ou 65 ans (seconde cohorte). Les chercheurs ont obtenu les mêmes résultats dans les deux cas.
6. Christian Dina est ingénieur de recherche CNRS à l’Institut du thorax.

Emmanuelle Génin
02 98 01 72 81
emmanuelle.genin@inserm.fr

Christian Dina
christian.dina@univ-nantes.fr

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