Les nouveaux gestes pour se ravitailler

Actualité

N° 381 - Publié le 8 juillet 2020
LAURENT GUIZARD
Nos courses alimentaires, ici sur un marché à Rennes, ont été chamboulées par la crise sanitaire.

Magazine

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L’épidémie de Covid-19 a bouleversé les circuits alimentaires. Une enquête révèle de nouvelles pratiques.

Il n'y a plus de farine au supermarché ! Le pétrissage maison a marqué le confinement, au point de parfois perturber l’approvisionnement. « Faire son propre pain est un phénomène sociologique impressionnant durant cette crise, assure Catherine Darrot, ingénieure agronome et enseignante en sociologie à l’Institut Agro1, à Rennes. Renouer avec l’alimentation et certains de ses gestes est une aspiration croissante. Le fait de rester chez soi a permis à cette envie de s’exprimer. »

La chercheuse2 rennaise se garde d’interpréter davantage les observations qu’elle et ses collègues3 collectent depuis le mois de mars. Leurs recherches prospectives se sont transformées en un suivi quotidien des effets de la crise. « Notre projet initial était d'étudier la résilience des systèmes alimentaires territoriaux face à une crise, explique Catherine Darrot. Nous avions imaginé plusieurs scénarios, sans penser à une crise sanitaire majeure. Et voilà que nous l’avions sous les yeux. »

Produits frais et locaux

La recherche a pris la forme d’une enquête en ligne nationale4, qui invite les consommateurs et les professionnels de l’alimentation à partager leurs expériences. Le collectif5 de rédaction publie des synthèses régulières, à partir de ces observations de terrain6. En avril, il constate la polarisation des habitudes de ravitaillement : priorité aux grandes surfaces pour les uns, recherche de produits frais et locaux pour d’autres.

L'enquête recense aussi les initiatives innovantes, notamment dans les circuits alimentaires courts. « Des solidarités citoyennes spectaculaires ont vu le jour, pour aider les plus démunis, mais aussi pour s’organiser entre voisins et passer commande aux agriculteurs du coin, rapporte la sociologue. Une forte tendance au localisme semble émerger. Certains drive fermiers ont multiplié par cinq leur chiffre d’affaires. »

Les inquiétudes se multiplient pourtant sur la capacité des circuits alimentaires à tenir sur le moyen et le long terme. Du côté de l’industrie agroalimentaire, l’absence de main-d’œuvre dans les champs met sous tension les volumes et les prix des denrées. Quant aux petits producteurs, ils peinent à tenir le rythme imposé par les nouvelles modalités de vente.

Catherine Darrot ne se risque pas à prédire ce qui restera, ou pas, des innovations alimentaires mises en place pendant le confinement. « Si cette crise est provisoire, nous en tirerons des enseignements pour plus de résilience. Si nous sommes au seuil de bouleversements plus importants, notre travail de recherche deviendra un suivi de crise de longue haleine. »

Justine Caurant

1. Institut national d'enseignement supérieur pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, créé le 1er janvier 2020 par le regroupement d'Agrocampus Ouest et de Montpellier SupAgro.
2. À l'unité de recheche Espaces et sociétés, CNRS.
3. Gilles Maréchal (Terralim, CNRS), Anne-Cécile Brit (Civam de Bretagne) et Yuna Chiffoleau (Inrae) sont aussi à l’initiative de l’enquête.
4. Le formulaire "Manger au temps du coronavirus" s’adresse à toute personne souhaitant partager ses observations et réflexions sur l’organisation des chaînes alimentaires.
5. Une dizaine de rédacteurs, issus de la recherche publique, du développement agricole et rural, de l’économie sociale et solidaire.
6. Mi-mai, l'enquête s'appuyait sur 700 observations, dont 550 réponses au formulaire.

catherine.darrot, 02 23 48 59 16
catherine.darrot@agrocampus-ouest.fr

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