Urgence écologique : les juristes sur le front

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N° 383 - Publié le 13 octobre 2020
ADREES LATIF / REUTERS
Les feux de forêt qui ravagent la Californie (ici près d'Aetna Springs) témoignent du dérèglement climatique.

À Rennes, deux chercheuses en droit de l'environnement veulent trouver des réponses juridiques aux impératifs écologiques.

Anthropocène1, résilience, limites planétaires... Ces nouveaux concepts frappent à la porte du droit. Si leurs définitions incertaines peuvent déstabiliser les juristes, ils passionnent Nathalie Hervé-Fournereau2.
« Comment le droit se saisit-il de ces notions pour protéger
l’environnement ? La directrice de recherche CNRS s’interroge. Comment prendre en compte des données scientifiques, qui décrivent des phénomènes écologiques irréversibles ? »

État d’urgence

Ces questions essentielles sont au cœur du colloque3 qu’elle organise à Rennes avec sa collègue Alexandra Langlais4. Les deux chercheuses en droit de l’environnement invitent leurs pairs à se pencher sur le concept d’urgence écologique. Fin 2019, il a fait son apparition dans la loi française sur l’énergie et le climat, ainsi que dans une résolution du Parlement européen. « C’est un appel à prendre des mesures d’envergure, mais l’urgence écologique n’a pas encore de réelle existence juridique » , nuance Nathalie Hervé-Fournereau. Ainsi, il n’existe pas de régime particulier qui, à la manière de l’état d’urgence sanitaire, permettrait de déroger au droit commun pour des motifs environnementaux.

Le droit de l’environnement n’est pourtant pas démuni. « Nous disposons d’instruments pour faire changer les modes de vie ou réduire l’empreinte carbone, explique Alexandra Langlais. Mais comment le droit va-t-il les mettre en œuvre pour répondre aux situations nouvelles ? C’est la question. Avec plus de démocratie ou plus de contrainte ? »

Répondre à l’urgence écologique est une affaire d’outils mais aussi de philosophie, assurent les deux chercheuses. Car concevoir des normes juridiques impose de s’interroger sur les libertés et le type de société souhaité, ainsi que sur la place accordée à l’expertise scientifique et à la participation citoyenne.

Ce raisonnement trouve un écho dans la crise sanitaire actuelle. « Les réponses fortes et immédiates apportées à l’épidémie nourris-sent nos réflexions sur l’urgence écologique », commente Alexandra Langlais. Le confinement quasi mondialisé a par exemple fait reculer de trois semaines la date de dépassement des ressources de la planète5. Une bonne mesure pour l’environnement… moins pour les libertés individuelles. « Les mois passés nous renseignent sur les dérives possibles. Et nous montrent qu’il faut penser à long terme. »

Fédérer les chercheurs

Lors du colloque, les deux juristes veulent fédérer une communauté de chercheurs autour de leurs réflexions. La recherche permet d’imaginer et de recommander des évolutions du droit. C’est une étape incontournable pour mobiliser le monde politique.

Justine CAURANT

1. Nouvelle époque géologique, marquée par les effets de l'homme sur le système terrestre.
2. Chercheuse à l'Institut de l’Ouest : Droit et Europe (Iode), Université de Rennes 1, CNRS.
3. Colloque annuel de la Société française pour le droit de l’environnement (SFDE), "Urgence(s) écologique(s) : quelle(s) urgence(s) pour le droit ?", du 14 au 16 octobre à Rennes.
4. Chercheuse CNRS en droit de l’environnement, spécialiste des services écosystémiques.
5. Le 22 août 2020, selon l’organisation américaine Global footprint network. Du 1er janvier à cette date, l’humanité a consommé l’équivalent des ressources annuelles de la planète.

Nathalie Hervé-Fournereau
02 23 23 76 79
nathalie.herve-fournereau [at] univ-rennes1.fr (nathalie[dot]herve-fournereau[at]univ-rennes1[dot]fr)
Alexandra Langlais
02 23 23 53 44
alexandra.langlais [at] univ-rennes1.fr (alexandra[dot]langlais[at]univ-rennes1[dot]fr)

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