« Dans l'huître, une piste contre le cancer »

Portrait

N° 383 - Publié le 15 octobre 2020
PAULE-ÉMILIE RUY Charlotte Corporeau à Brest, où se trouve son labo.
Ce que je cherche
Charlotte Corporeau
Chercheuse Ifremer en physiologie au Lemar, à Brest.

« La cellule cancéreuse humaine possède huit caractéristiques, dont le mécanisme Warburg1. Cela lui permet d’être très résistante au stress et d’être plus forte qu’une cellule normale, non pathologique. Nous avons découvert que les cellules de l’huître creuse, Crassostrea gigas, possèdent aussi ce métabolisme. Elles peuvent l’activer et le désactiver naturellement. L'effet Warburg permettrait à l’huître creuse de résister aux conditions très fluctuantes et difficiles de l’estran2.

En haut de l'estran, les huîtres résistent

Pour identifier les gènes et les protéines qui activent et désactivent l'effet Warburg, nous plaçons de jeunes huîtres en bas et en haut de l’estran. Les bivalves3 du bas sont tout le temps dans l’eau et se nourrissent. Ceux du haut sont le plus souvent hors de l’eau (60 % du temps). Ils subissent de fortes variations de température et manquent de nourriture et d’oxygène ! Je me suis rendu compte que les huîtres en haut de l’estran activent l’effet Warburg, pour résister à ces stress environnementaux.

Étudier l’huître nous permettra de savoir comment bloquer ce mécanisme, aussi présent chez la cellule cancéreuse humaine. Mais c’est un processus très long. Sur les 26 000 gènes de l’huître, 8 000 ont des fonctions inconnues. Je pense que les protéines qui nous intéressent se trouvent dans ces gènes. Elles pourraient compléter les médicaments anticancéreux. »

PROPOS RECUEILLIS PAR Paule-Emilie RUY

1. Modifications biochimiques de la cellule.
2. Partie du littoral recouverte par la marée.
3. Mollusque doté de deux valves.

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