Le colza s’armerait de microbes

L'après-pesticides

N° 383 - Publié le 14 octobre 2020
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Morgane Ourry a reconstitué au laboratoire les interactions entre une plante et son ravageur.

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Dans la lutte contre la mouche qui l’attaque, le colza mobiliserait les micro-organismes du sol. Des chercheurs de l’Inrae révèlent les relations entre l’insecte, les microbes et la plante.

Et si les micro-organismes étaient la clef du mystère de l’interaction entre une plante et son ravageur ? « Nous avons montré que les bactéries et les champignons du sol sont liés à l’interaction entre une plante et un insecte », expose Morgane Ourry, docteure en écologie et spécialiste de la diversité microbienne. Avec Christophe Mougel et Anne-Marie Cortesero, chercheurs en écologie et sciences de l’environnement à l’Inrae, au rheu, ils se sont intéressés à la mouche du chou. Sa larve se nourrit des racines du colza.

Des œufs de mouche sur les plants

« Dans un premier temps, nous avons étudié l’influence de la diversité microbienne sur le développement de l’insecte », raconte Morgane Ourry. Des œufs de mouche sont placés sur des plants de colza, cultivés dans un sol hébergeant différents niveaux de diversité en microbes. Les chercheurs analysent leur évolution : ces larves deviennent-elles des adultes en bonne santé ? « Notre hypothèse était qu’une grande diversité microbienne du sol favorise la protection de la plante et nuit à l’insecte », précise Christophe Mougel. Mais l’expérience montre qu’une grande ou une faible diversité ne permet pas le développement optimal de l’insecte.

La plante appelle à l’aide

L’attaque d’un insecte active des mécanismes de défense de la plante et modifie sa biochimie. Cette réaction change-t-elle la diversité des
microbes ?

« Les communautés microbiennes de la rhizosphère1 varient lorsqu’un insecte est présent », explique Anne-Marie Cortesero. Morgane Ourry
ajoute : « Lors d’une attaque par l’insecte, la plante produirait des composés chimiques qui attirent certains micro-organismes. Une sorte d’appel à
l’aide ! » Ces microbes du sol participeraient aux mécanismes de défense de la plante… qui vise à maintenir un microbiote2 favorable à son développement.

« Dans le tube digestif de la mouche, des micro-organismes agissent aussi, rappelle Christophe Mougel. Ils sont capables de détoxifier des molécules de défense de la plante. » Quand la larve se nourrit de la plante, elle ingurgite également les micro-organismes présents sur les tissus de la plante… « L’enjeu est maintenant de découvrir l’origine des micro-organismes de l’insecte et leur relation avec ceux de la plante », résume Morgane Ourry.

Cette étude ouvre des perspectives pour mieux contrôler les ravageurs des cultures, en utilisant moins de pesticides. La lutte doit aussi se faire à l’échelle de ces micro-organismes.

MARIE HILARY

1. Partie du sol proche des racines des plantes, très riche en micro-organismes et en substances biologiques.
2. Ensemble des micro-organismes (virus, bactéries, champignons) vivant dans un environnement spécifique, chez un hôte ou une matière.

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