Covid-19 : la rééducation grâce à la réalité virtuelle

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N° 384 - Publié le 12 novembre 2020
ALEXIS CHEZIERE
Justine Saint-Aubert, Anatole Lécuyer et Yoann Launey ont mis au point une application pour améliorer la rééducation des patients.

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À Rennes, une équipe de l’Inria et des médecins du CHU testent une application de réalité virtuelle, pour améliorer la rééducation des patients qui sortent du coma.

Et si la réalité virtuelle pouvait aider à la rééducation des patients souffrant du Covid-19 ? Pour le savoir, des chercheurs de l’Inria se sont associés à des médecins1 du CHU de Rennes, dès la première vague de la pandémie. En seulement deux mois, ils ont mis en place une application numérique adaptée aux patients sortant du coma2.
« Après une longue hospitalisation en réanimation, quelle que soit la pathologie, la majorité des patients perdent leur capacité musculaire, indique Yoann Launey, médecin en réanimation chirurgicale au CHU. Ils tardent à remarcher et à retrouver une autonomie dans les tâches quotidiennes. » Ces difficultés, en partie dues à l’immobilisation et aux traitements, sont fréquemment observées chez les patients réanimés souffrant du Covid-19. Face à l’urgence sanitaire, les chercheurs rennais ont alors eu l’idée d’un concept innovant.

Une rééducation précoce

Les environnements virtuels avaient déjà fait leurs preuves pour l’évaluation et la prise en charge de maladies neurologiques. « L’originalité de notre projet de recherche3 est de proposer un dispositif permettant d’entamer une rééducation à un stade précoce », explique Anatole Lécuyer, directeur de recherche à l’Inria, spécialiste de la réalité virtuelle. Complémentaire de la médecine physique et de réadaptation (MPR), l’application pourra être utilisée en service de réanimation.

Se voir marcher

Dans son lit, le malade équipé d’un casque de réalité virtuelle plonge dans un environnement en 3D. « Il se voit en train de marcher dans une prairie, une forêt ou sur la plage », décrit Justine Saint-Aubert, post-doctorante à l’Inria, qui a contribué à cette innovation. Une session de cinq minutes par jour est prévue, durant neuf jours. Elle est suivie de quelques minutes de relaxation. Dès la quatrième session, l’avatar franchit des obstacles, comme monter une marche. À la septième session, il trottine. « Le principe est de faire croire au cerveau que le corps est en mouvement, pour qu’il retrouve une force musculaire, explique Yoann Launey. Nous voulons savoir si la réalité virtuelle, en sollicitant les zones cérébrales impliquées dans la motricité, permet de démarrer plus rapidement la rééducation. »

Aucun effet indésirable

L’équipe va analyser des paramètres cliniques. La rapidité de la reprise de la marche, ainsi que la récupération de l’équilibre et de la force, sont des indicateurs essentiels. Une première version de l’outil numérique vient d’être pré-testée au CHU avec des volontaires. Les retours sont positifs : « Les patients l’acceptent et ne présentent pas de fa-tigue surajoutée, ni aucun autre effet indésirable. C’est une bonne nouvelle ! » indique Mélanie Cogné, médecin MPR au CHU et membre de l’équipe Hybrid à l’Inria. Dès l’autorisation réglementaire, l’essai clinique pourra démarrer avec trente patients. Un espoir pour la prise en charge… à bout de souffle.

MARION GUILLAUMIN

1. Service de médecine physique et de réadaptation (MPR) et de réanimation.
2. Dix à quinze jours après leur réveil.
3. Intitulé Verare.

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