Quand le microbiote influence le comportement alimentaire

Notre univers microbien

N° 389 - Publié le 28 mai 2021
LAURENT GUIZARD
Avec son équipe, Gaëlle Boudry étudie le lien entre le microbiote intestinal et le régime alimentaire.

Des chercheurs rennais ont identifié un lien entre l’activité de certaines bactéries de l’intestin et le comportement alimentaire. Une piste pour mieux comprendre l’obésité.

Quels mécanismes physiologiques se mettent en place entre le moment où nous adoptons un régime déséquilibré et l’éventuelle apparition d’une prise de poids excessive ? C’est la question à laquelle l’équipe de Gaëlle Boudry, chercheuse à l’Institut Numecan1, a voulu répondre. Les résultats de ses recherches ont été publiés2 en mars dernier.

Inflammation de l’hypothalamus

« Nous savons qu’en adoptant un régime gras et sucré, l’hypothalamus, une région de notre cerveau engagée dans la régulation des sensations de faim et de satiété, subit une inflammation qui conduit à manger davantage, explique Gaëlle Boudry. C’est là que le comportement alimentaire commence à basculer, avant même de prendre du poids. Nous avons découvert que cette inflammation pourrait elle-même être engendrée par un déséquilibre du microbiote intestinal. » Pour parvenir à cette conclusion, la chercheuse a soumis des rats de laboratoire à un régime gras et sucré. Elle a ensuite mesuré l’activité de leur microbiote intestinal et la présence de molécules qui signalent un début d’inflammation au niveau de l’hypothalamus. L’activité bactérienne a été suivie notamment grâce aux métabolites, des milliers de petites molécules susceptibles d’assurer la communication entre les bactéries et les cellules de l’organisme hôte. Pour identifier ceux qui peuvent être liés aux dérèglements au niveau du cerveau, Samuel Chaffron, du laboratoire des sciences du numérique LS2N à Nantes, a participé à l’étude. Son expertise en analyse bio-informatique a permis de repérer six signatures chimiques particulières : elles révèlent des métabolites dont les taux évoluent en parfaite corrélation avec la production d’espèces oxydantes dans l’hypothalamus.
« Malheureusement, nous n’avons pas réussi à identifier les molécules auxquelles correspondent ces signatures, indique la biologiste qui poursuit actuellement ces recherches. Si nous y parvenons, nous pourrions administrer directement ces métabolites à des rats pour vérifier qu’ils sont bien la cause de l’inflammation et qu’il ne s’agit pas d’une simple
corrélation. »

Rats dépourvus de microbiote

L'équipe a également entamé une collaboration avec Véronique Douard, une chercheuse de l’Institut Micalis, en région parisienne, qui élève des rats dépourvus de microbiote. Des pistes prometteuses pour développer un traitement destiné aux personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire ou d’obésité.

HUGO LEROUX

1. Nutrition, métabolismes et cancer (Université de Rennes 1, Inrae, Inserm).
2. Dans la revue International Journal of obesity.

Gaëlle Boudry
gaelle.boudry@inra.fr

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