Ces trésors racontent l’histoire de notre santé

OLIVIER DE CHATEAUBOURG
Les fabuleuses collections du CPHR vont être déménagées

Le Conservatoire du patrimoine hospitalier de Rennes va déménager. Ses 5 000 objets racontent la grande histoire de la médecine et ses mille anecdotes.

En suivant Annic'k Le Mescam dans le dédale des instruments anciens, on s'émerveille d'histoires médicales inattendues. L'œil vif, l'autre sous une mèche rebelle, la directrice du Conservatoire du patrimoine hospitalier de Rennes (CPHR) a un vrai talent pour faire revivre des personnages et des scènes médicales, à partir des 5 000 objets préservés ici. Elle s'arrête sur celui-ci, ou cet autre… « C'est incroyable, c'est beau quand même ! » L'ancienne directrice des soins au CHU de Rennes a l’enthousiasme des passeurs de cultures scientifique et médicale. Dix ans après sa naissance, le CPHR déménage ! L’ouverture est prévue au cours du deuxième semestre 2021.
« C'est l'occasion de donner un nouveau souffle au conservatoire. Nos projets associatifs tiennent la route et les bilans sont positifs. » L’association fonctionne sur le bénévolat de personnes passionnées. Elle s'appuie sur de nombreux partenariats1, aux premiers rangs desquels le CHU et la Ville de Rennes apportent un soutien essentiel. Depuis 2011, le conservatoire a présenté sept expositions temporaires et une permanente. Elles attirent
1 800 visiteurs par an. Deux conférences sont organisées chaque année. Le conservatoire n’a pas d’équivalent en Bretagne, d'ailleurs sa vocation est entre autres « la collecte et la valorisation du patrimoine hospitalier
régional. » Son originalité par rapport aux autres structures en France est d’être propriétaire de ses collections.

Recueil des remèdes

En 2020, le CPHR a reçu environ 300 dons de la part de 22 donateurs. « Ça n’arrête pas », souligne Annic’k Le Mescam. Les donateurs sont surtout rennais, mais ils viennent aussi de Saint-Malo, Saint-Brieuc, Séné, Paimpol, Lézardrieux, Dinan, Dinard, Paris, Nice ou encore Marseille. La liste d’un donateur peut parfois révéler une certaine poésie : « Quatre marteaux à réflexe, une vessie à glace, un luminoscope, une boîte d’anuscope, des ventouses pneumatiques, une paire de béquille en bois. » 
Le conservatoire détient aussi 500 livres, dont quelques-uns du 18e siècle. Certains proviennent d’Emmaüs à Hédé. Parmi eux figure le célèbre Recueil des remèdes écrit par Madame Fouquet, décédée en 1681. D'autres dons sont aussi originaux, comme l'œuvre À l’hôpital du peintre rennais Pierre Gilles, que son fils vient d’offrir au CPHR.
Les médiateurs bénévoles sont d’anciens professionnels hospitaliers. Quant au public, il est constitué notamment de nombreuses associations d’Ille-et-Vilaine et des départements voisins. Mais un visiteur sur deux est un écolier ou un étudiant ! La fréquentation augmente fortement du côté des écoles d’infirmières, notamment de Vire, Caen et Lorient. Normal, l’histoire de l’hygiène fait partie de la formation des professionnels de santé.

 

ALEXIS CHEZIERE
Annic'k Le Mescam prépare avec les autres bénévoles le grand chantier du déménagement.

TROIS SALLES D’EXPOSITION 

Le conservatoire déménage cette année, toujours au centre-ville de Rennes, sur le site historique de l’Hôtel-Dieu. Il se déplace de 200 m vers la rue de Saint-Malo. Mais surtout, il intègre un bâtiment flambant neuf mis à disposition par le CHU et construit spécifiquement pour valoriser ses collections sur 364 m2.
« La grande salle de collections sera au rez-de-chaussée, dévoile Annic’k Le Mescam. On y trouvera les espaces dédiés à la médecine, la chirurgie et la biologie, ainsi que la pharmacie dont les meubles nécessitent une grande hauteur sous plafond, et la radiographie aux appareils très lourds. Une autre exposition permanente, plus petite, sera aménagée à l’étage, incluant ce qui concerne le soin, la mère et l’enfant. » L'étage abritera aussi une salle d’exposition temporaire. Modulable, elle permettra d'organiser des conférences pouvant accueillir une classe entière. Plusieurs belles vitrines anciennes seront conservées pour valoriser certains objets. La disposition spatiale de ces pièces de l'histoire de la médecine est repensée pour privilégier la clarté, sans accumuler d'objets devant l'œil du visiteur. Sous les vitrines historiques, des placards contemporains abriteront les objets des collections, au gré de mises en valeur temporaires et ciblées.
 

CONSERVATOIRE DU PATRIMOINE HOSPITALIER 
L'appareil de Jouvelet est un boîtier métallique permettant la transfusion directe du donneur au receveur.

TRANSFUSION DE BRAS A BRAS

En s’appuyant sur les objets du conservatoire, Annic’k Le Mescam sait captiver l’attention des élèves infirmières. L’un des premiers objets qu’elle cite spontanément est l’appareil de Jouvelet, inventé en 1934. « Cet appareil m’a toujours épaté. Il est doté d’un tuyau en caoutchouc et d’un petit compteur. Il permettait de donner du sang, de bras à bras !
Par exemple entre deux personnes du même groupe sanguin, dont l’une saigne au fond d'un fossé. Les médecins des années 1930 et 1940 faisaient du mieux possible avec ce qu’ils avaient. » Auprès des jeunes professionnelles de santé, la présidente du CPHR s’appuie aussi sur sa propre expérience. Pour accélérer le passage du sang lors d’interventions chirurgicales, l’appareil de Jouvelet a servi jusqu’en 1975. « Quand j'étais élève infirmière à Quimper, dans le service de pédiatrie, raconte Annic'k Le Mescam, on m’a appelée un jour : "Mademoiselle, asseyez-vous là, je vais vous prélever cinq centilitres de sang pour cet enfant" . L’infirmière a pris une seringue et m’a prélevé du sang. Avec cette même seringue, en tournant le petit robinet, elle a injecté mon sang à l’enfant, sous mes yeux ! Ce serait de la folie aujourd'hui, quand on connaît les exigences de la sécurité transfusionnelle. »

 

ALEXIS CHEZIERE
Même si leur date de péremption est dépassée, certains médicaments restent intéressants pour 
la recherche ou pour l'esthétique de leur boîte.

2 600 MEDICAMENTS POUR LES CHERCHEURS

Parmi les trésors médicaux préservés figurent des médicaments. Le conservatoire en abrite 2 600 différents ! C’est une originalité rennaise.
« Nous classons les médicaments anciens par spécialité, pour les mettre à disposition des chercheurs ou des équipes médicales sur des sujets précis », explique Annic’k Le Mescam. Ces médicaments sont stockés dans une armoire spéciale pour produits toxiques, selon une procédure en lien avec le CHU. Certains d'entre eux font suite à une découverte étonnante. « En 2019, une architecte a enlevé les charpentes d'une maison lors d'un aménagement. Elle a découvert sous le toit tout un stock de médicaments des années 1900 ! Elle nous en a fait don. » Parmi les curiosités, le conservatoire détient la drogue que consommait Hitler.

 

NICOLAS GUILLAS

Note
1. Dont l’Université de Rennes 1 et l’Espace des sciences.

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