L’hermelle partage son habitat

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N° 390 - Publié le 5 juillet 2021
STANISLAS DUBOIS

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Une étude brestoise démontre que les récifs construits par les hermelles n’hébergent pas les mêmes espèces suivant leur localisation.

Maçon, architecte, designer… Ces vers ne mesurent que 3 cm, mais exercent tous ces métiers. Les hermelles1 bâtissent des tunnels de sable qui forment des édifices de plusieurs hectares sur les côtes. Une étude issue du projet Reehab2 vient de dévoiler l’extraordinaire biodiversité qui se cache dans ces constructions. « Des travaux avaient déjà montré la richesse de la faune sur certains sites. Cette fois-ci, nous avons comparé plusieurs récifs en Europe », explique Stanislas Dubois, chercheur en écologie marine au laboratoire LEBCO3 à Brest.
Dans ces véritables hôtels côtiers, qui s’étendent du Portugal à l’Ecosse, 130 espèces animales ont été dénombrées : vers marins, mollusques, crustacés... « Suivant les régions, les espèces sont différentes mais elles possèdent des traits biologiques4 identiques. »
Les constructions des hermelles abritent environ dix fois plus d’espèces que le sable meuble aux alentours. Ces récifs protègent la faune soumise à d’importantes variations de température : de 15 °C dans l’eau à marée haute, à 40 °C six heures plus tard au soleil.

Changement climatique

Le plus grand récif bâti par les hermelles se situe près du Mont-Saint-Michel. Il s'étend sur plus de 100 hectares et culmine à plus de 2 m de haut… soit la plus grande construction animale d’Europe ! Ces petits vers assemblent un par un les grains de sable grâce à une colle biologique produite par des glandes. « En Bretagne, ces récifs sont aussi présents près de Lorient, en baie de Douarnenez ou encore près de Lannion », ajoute le biologiste.
Les chercheurs ont pu modéliser une carte afin de prédire la répartition des hermelles face au changement climatique. « Elles vont migrer vers le nord, en Angleterre et en Ecosse. Mais localement, des récifs risquent de dépérir sur les côtes vendéennes et charentaises », détaille Stanislas Dubois. Une migration qui risque d’être fatale à certaines espèces abritées dans ces récifs.

BENJAMIN ROBERT

1. Sabellaria alveolata.
2. Piloté par l’Ifremer et financé par l’Office français de la biodiversité depuis 2016.
3. Laboratoire d’écologie benthique côtière.
4. Ensemble de caractéristiques d’une espèce : taille, mode d’alimentation, mobilité, stratégie de reproduction etc.

Stanislas Dubois
02 98 22 49 18
stanislas.dubois@ifremer.fr

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