Les îles bretonnes, des espaces à protéger
Des îles et des hommes
De Bréhat à Belle-Île, les territoires insulaires sont sensibles, en proie aux agressions extérieures.
Près de 4 °C supplémentaires d’ici la fin du siècle ! Telles sont les inquiétantes prévisions de Météo-France1. « D’ici 30 ans, on aura le climat de Biarritz sur les côtes sud bretonnes et de Bordeaux sur les côtes nord », explique le climatologue Laurent Labeyrie2. Cette hausse du thermostat n’est pas sans danger pour les îles de Bretagne : pénurie d’eau, montée du niveau de la mer, risque de submersion... « Les marées seront au moins 1 à 2 m plus hautes à la fin du siècle », annonce Laurent Labeyrie. L’érosion est même déjà visible sur le terrain.
« Le trait de côte recule rapidement sur les îles de Molène et de Sein, qui sont basses et ont une texture géologique friable par endroits. On observe aussi ce recul sur Ouessant dans des zones de falaise », précise Agathe Larzillière, chargée de mission biodiversité au Parc naturel régional d’Armorique. Avec ses collègues, elle tente d’agir contre ce phénomène accentué par le tourisme : « Nous essayons de canaliser le public, et quand le secteur est très érodé, nous déplaçons le sentier. Actuellement, la fréquentation touristique est encore compatible avec le maintien de l’état écologique des îles. »
Écosystèmes fragiles
Bien qu’en bon état de conservation, les écosystèmes insulaires demeurent fragiles. « Les îles armoricaines sont des morceaux de continent3 mais avec des cortèges floristiques et faunistiques plus pauvres. La moindre intervention humaine peut perturber leurs fonctionnements naturels », explique Frédéric Bioret, chercheur à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO). Ils sont donc particulièrement sensibles aux espèces exotiques envahissantes. « On lutte contre ces espèces qui prennent très vite la place des autres. Par exemple, la griffe de sorcière, une plante d’Afrique du Sud, prolifère sur les falaises et le bord de côte à Molène, Sein et Ouessant. Au détriment de certaines plantes protégées comme l’ophioglosse du Portugal », développe Agathe Larzillière. Quoique simplifiée, la flore insulaire se distingue par des sous-espèces. « Il n’y a pas d’espèces endémiques comme sur les îles océaniques. En revanche, on retrouve plusieurs adaptations comme des parties aériennes charnues ou couvertes de poils pour limiter les pertes en eau », détaille le chercheur. Des particularités sont aussi visibles chez certains animaux tels que les mulots sylvestres géants et les tritons palmés nains.
À l’UBO, une trentaine de chercheurs s’intéressent aux îles bretonnes. « Nous voulons créer un centre de ressources qui permettrait d’archiver des documents scientifiques et de développer les activités de recherche sur les îles de la mer d’Iroise », confie Frédéric Bioret. Avec son équipe, il étudie aussi l’évolution des landes de Belle-Île-en-Mer et d’Ouessant, en lien avec les activités humaines. Toujours vers un même but : mieux connaître et préserver la richesse des terres insulaires.
1. A partir du dernier rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC).
2. Professeur bénévole au laboratoire Géosciences océan de l’Université Bretagne Sud. Il a été l’un des auteurs du rapport du GIEC 2007.
3. Contrairement aux îles océaniques qui sont volcaniques, les îles bretonnes sont pré-continentales. Leur biosphère est similaire à celle du continent.
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du magazine Sciences Ouest