Des tournesols contre le plomb

Sols pollués - Des solutions existent

N° 391 - Publié le 26 août 2021
NICOLAS GUILLAS
À Rennes, dans l'ancienne cartoucherie transformée en jardin expérimental, les scientifiques examinent les plants de tournesols qui extraient des polluants du sol.

Dans un quartier rennais où l'on fabriquait des armes de guerre, les chercheurs dépolluent la terre grâce aux tournesols.

L’Arsenal de Rennes produisait des cartouches, de la poudre à canon et des obus du 19e siècle aux années 1960. Le sol de l'ancienne cartoucherie, dans le nouveau quartier de la Courrouze, garde les traces de cette histoire militaire. « Nous avons observé des concentrations en plomb1 trois fois plus élevées que la norme autorisée et deux fois plus élevées pour le cuivre », explique Mathieu Pédrot, biogéochimiste à Géosciences Rennes2. Quand la terre est remuée, ces éléments métalliques en surnombre, auxquels s'ajoute le zinc, peuvent aussi contaminer l'eau et l'air.

Techniques de phytoremédiation

En 2017, le bureau d'étude Folk paysages a commencé ici une étude pour dépolluer le sol grâce aux végétaux. Plusieurs espèces dont du saule, de la corbeille d'or, de l'ail et du silène maritime ont été plantées. Depuis 2020, Mathieu Pédrot et son collègue Francisco Cabello-Hurtado, physiologiste végétal au laboratoire Ecobio3, étudient sur ce site des techniques de phytoremédiation mises au point au laboratoire. « Nous observons quelles espèces extraient les contaminants du sol et les accumulent le mieux », explique le premier. « Le tournesol a montré le plus fort taux d'accumulation du cuivre, du plomb et du zinc », complète l'étudiante en master Nolenn Kermeur qui participe à l'étude. « Et nous voulons encore améliorer cette extraction », poursuit le biologiste.

L'expérience se déroule dans trois carrés de terre d'un mètre cinquante, perdus entre les murs labyrinthiques de la cartoucherie. En avril dernier, 72 tournesols ont été plantés dans chaque parcelle. « Dans le sol d'une parcelle, nous avons mis des colloïdes minéraux4, explique Francisco Cabello-Hurtado. Une autre parcelle contient en plus de la matière organique. En modifiant les propriétés du sol, nous fertilisons et améliorons la phytoextraction. » L'objectif est de « limiter la fuite des contaminants, pour les préserver près des plantes, afin qu'elles les prélèvent », précise Mathieu Pédrot.

Fauchées et incinérées

Les polluants arrivent dans une plante via ses racines, puis montent à travers les canaux vers les parties aériennes. Celles-ci sont ensuite fauchées pour être traitées par incinération. Certains éléments traces métalliques5 ayant une valeur économique pourraient être récupérés. Les tournesols de la Courrouze ont été récoltés fin juin.
« Nous analysons séparément les tiges et les feuilles séchées et broyées. Nous déterminons leurs concentrations en plomb, cuivre et zinc dans les différentes parties. » L'objectif final est de raccourcir le temps de la phytoremédiation, cette méthode de dépollution douce. Les chercheurs pourront aussi estimer le temps nécessaire pour dépolluer un sol, selon la présence du polluant. Sur cet ancien terrain militaire plombé, les fleurs ont de l'avenir.

NICOLAS GUILLAS

1. 350 mg de plomb par kg de sol.
2. À l’Observatoire des sciences de l'Univers de Rennes (CNRS, Université de
Rennes 1).
3. Écosystèmes, biodiversité, évolution.
4. Un colloïde est une entité chimique naturelle qui peut retenir des éléments traces métalliques.
5. Appelés aussi métaux lourds, dont le plomb, le cuivre et le zinc.

Mathieu Pédrot
mathieu.pedrot@univ-rennes1.fr
Francisco Cabello-Hurtado
francisco.cabello@univ-rennes1.fr

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