Des connaissances résistent à la démence !

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octobre 2021
La mémoire qui flanche
ALEXIS CHEZIERE
Neuropsychologue, Catherine Merck étudie la manière dont une maladie dégrade les connaissances.

La démence sémantique est une maladie qui dégrade les savoirs. Selon des chercheurs rennais, certaines connaissances sont moins touchées que d’autres.

« Des patients peuvent oublier l’existence des poissons rouges. » Catherine Merck, neuropsychologue au CHU de Rennes, s’intéresse aux personnes atteintes de démence sémantique. Cette maladie s’attaque aux connaissances générales… mais pas n’importe lesquelles. Les recherches de l’équipe rennaise ont montré que la dimension culturelle des savoirs se dégrade rapidement, mais que leur aspect contextuel y résiste bien. « Si le mot cerf-volant est évoqué, le patient aura oublié sa signification et ne se souviendra pas que c’est un jouet. Par contre, des images liées au contexte, comme le ciel ou le vent, lui reviendront », détaille la chercheuse. Cette découverte va à l’encontre d’un postulat qui prétend que toutes les connaissances des patients sont touchées de la même manière. Un modèle toujours défendu par certains chercheurs. « Pour eux, les différences observées sont subtiles. Nous soutenons au contraire que cette distinction est substantielle », appuie la neuropsychologue.

Une localisation plus précise

Les différentes zones du cerveau ne sont pas soumises aux mêmes pathologies. La plus connue d’entre elles, la maladie d’Alzheimer, se développe dans l’hippocampe1 et touche les souvenirs des jours précédents. De son côté, la démence sémantique se développe dans les lobes temporaux2. D’ailleurs, les conclusions rennaises ont été renforcées grâce à une localisation plus fine de la maladie : elle se propage d’abord à l’avant du lobe temporal, là où les connaissances culturelles sont stockées, avant de s’étendre vers l’arrière du lobe où elle s’attaque dans un deuxième temps aux aspects contextuels.
Certes, les patients utilisent souvent des mots fourre-tout comme “machin”, “truc” ou “chose” pour communiquer. Mais au quotidien, la conservation de leurs savoirs contextuels contribuerait à maintenir une meilleure autonomie. « Même s’ils ne se rappellent plus du nom ou de l’usage des objets, ils peuvent toujours associer par exemple l’image d’un peigne à des cheveux... Ce lien leur permet de continuer à utiliser cet objet ! Par rapport à des personnes saines, ces patients s’appuient plus sur leurs connaissances contextuelles au quotidien », précise Catherine Merck.

Avec des orthophonistes

Aujourd’hui, les équipes du CHU collaborent avec des orthophonistes qui travaillent avec les patients pour stimuler ces savoirs restants. L’objectif est de retarder au maximum l’avancement de la maladie. « Ces travaux restent empiriques3, ajoute Catherine Merck. Il est complexe d’établir des protocoles précis avec les orthophonistes car chaque séance est adaptée aux activités du patient. » Les mécanismes cellulaires impliqués lors de cette rééducation restent peu connus, même si plusieurs études d’imagerie aident aujourd’hui à mieux comprendre la manière dont les réseaux cérébraux se réorganisent.

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BENJAMIN ROBERT

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