La radio numérique débarque !

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novembre 2021
L'épopée de la radio
LAURENT GUIZARD

Les nouveaux postes de radio sont aujourd’hui tous équipés de récepteurs adéquats pour capter les ondes numériques. Cette technologie remplacera au fur et à mesure la bande FM.

Depuis le 12 octobre, vingt-cinq radios nationales françaises diffusent leurs programmes sous un format numérique1 nommé DAB+. Pourtant, cette technologie n’est pas nouvelle ! « Certains pays, comme la Suède, l’ont déployée dès les années 1990 », se souvient Pierrick Philippe, spécialiste en technologies audio chez Orange2 à Rennes. En voiture, à la maison ou au travail, les postes de radio français captent toujours les ondes FM3 en analogique. Le signal suit alors les mêmes amplitudes que l’onde sonore à diffuser pour lui rester aussi fidèle que possible. À l’inverse, le numérique diffuse un signal composé seulement de nombres entiers. Le son est dit “compressé”. « La numérisation apporte un aspect multimédia puisque d’autres types de données, images ou textes, peuvent être combinés au signal audio », complète Pierrick Philippe.

La bande FM sature

L’oreille humaine peut percevoir les fréquences sur une plage de maximum 20 kHz. Dans un signal FM, les aigus sont limités pour restreindre la place de chaque radio qui s’étale tout de même sur 12 kHz. Avec une diffusion en DAB+ à 80 kbit/s4, les ondes compressées prennent moins de place et peuvent être diffusées sur des fréquences plus proches. Mais dans les années 1990, cet avantage n’a pas convaincu les législateurs. « Les ondes FM étaient loin d’être saturées », détaille Pierrick Philippe. Trente ans plus tard, la donne a changé. « Avec l’arrivée de la 5G, qui cohabite avec la 4G et la 3G, l’espace sur les ondes vaut de plus en plus cher. La bande FM prend trop de place et commence à être pleine. La transition s’avère nécessaire », appuie le spécialiste.

En 30 ans, la technologie a été perfectionnée afin que la compression n’altère pas la qualité du son. « En 2003, nous avons voulu recourir à du codage très bas débit, se remémore le chercheur. Pour cela, les aigus ont été supprimés du signal numérique. Nous avons mis au point un codeur paramétrique qui reconstitue les fréquences aigües à partir des sons graves transmis par le signal. Avec ce mécanisme, nous pouvons descendre jusqu’à 24 kbit/s ! » Cette technologie a été adoptée dans le DAB+, où chaque diffuseur choisit son débit. « À 192 kbit/s, la qualité est proche de la perfection. »

Face à internet

Un plan de débranchage de la FM sera planifié, mais il faudra attendre d’avoir une couverture suffisante avec le DAB+, qui devrait toucher 50 % de la population française fin 2022. La radio numérique relèvera ce défi face à une autre technologie de ces dernières décennies : internet. En effet, de nombreux auditeurs écoutent aujourd’hui leur émission favorite via leur ordinateur ou téléphone.
Pour Pierrick Philippe, ce n’est pas un obstacle : « La radio numérique se veut plus accessible, car elle passe par la voie hertzienne et reste gratuite ! »

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BENJAMIN ROBERT

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