Un observatoire pour étudier les coraux
Les abysses - Oasis de vie
Au large de la Bretagne, à plus de 1 000 m de profondeur, robots et caméras scrutent les récifs d’eau froide.
Les massifs coralliens des eaux bretonnes ne sont pas épargnés. Plusieurs centaines de mètres carrés ont déjà disparu1. « Seules subsistent des colonies nichées, sous forme de bouquets dispersés à plus de 500 m de profondeur dans les canyons2. Ces colonies y trouvent encore des conditions favorables à leur croissance », précise Julie Tourolle, ingénieure de recherche au Laboratoire environnement profond de l’Ifremer. Ces coraux3 d’eau froide, comme leurs homologues tropicaux, présentent un fort intérêt écologique : leur squelette en calcaire est un refuge et une zone de reproduction pour de nombreux poissons. Leur disparition est donc inquiétante et les scientifiques manquent de données pour les protéger.
Plateforme autonome
Pour mieux connaître l’effet des activités humaines et des variations de l’environnement sur ces coraux, un observatoire4 vient d’être installé dans le canyon de Lampaul, à 250 km de Brest. Cette plateforme autonome de 4 m par 2,5 m restera pendant 5 ans à 800 m de profondeur pour récolter un grand nombre de données, comme le taux d’oxygène de l’eau, la température, la composition des particules en suspension, les courants et la turbidité5. Sa caméra filme la même colonie chaque jour pendant 15 minutes. « Les vidéos couplées aux relevés nous informeront sur le comportement des coraux. » Lors de la première campagne6 cet été, le robot HRov Ariane relié par un câble a été quotidiennement mis à l’eau. La nuit, c’est un drone sous-marin autonome circulant à 70 m du fond qui a pris le relais. Au programme : l’inventaire des coraux. « Les sondes indiquent la profondeur du canyon et la nature des fonds. Celle d’Ariane, qui s’oriente à 90°, cartographie même les falaises verticales », poursuit la chercheuse. Cette exploration en détail du canyon, entre 500 et 2 500 m de profondeur, a permis aux spécialistes de le cartographier en haute résolution. Résultat, les images montrent des petits récifs implantés sur la verticale des falaises face aux forts courants du canyon. « Beaucoup de coraux sont morts », constate l’écologue.
Le robot a prélevé des coraux vivants, ainsi que leurs espèces voisines, telles que des étoiles de mer, des poissons, des vers marins et des crustacés. Cette faune sera installée prochainement dans des aquariums sous pression à Océanopolis pour les étudier de près. « En faisant varier température et acidité de l’eau, nous mesurerons comment le changement climatique les affecte. » Ces expériences visent à mieux comprendre pourquoi ces récifs disparaissent et donc à mieux les préserver.
1. Surface cartographiée en 1948 par l’océanologue Edouard le Danois.
2. Vallées sous-marines profondes inaccessibles pour les plongeurs.
3. Trois espèces constituent les massifs : Lophelia pertusa, Madrepora oculata et Solenosmilia variabilis.
4. Dans le cadre du projet Chereef, en août dernier.
5. Liée à la quantité de matière en suspension, comme les sédiments et le plancton.
6. Cinq autres sont prévues.
Julie Tourolle
julie.tourolle@ifremer.fr
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du magazine Sciences Ouest