Duchesses : la Bretagne au féminin

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N° 395 - Publié le 27 décembre 2021
ALAMY
Alix de Thouars, fille de Constance de Bretagne.

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Malgré leur rôle fondamental, bon nombre de duchesses médiévales sont tombées dans l’oubli. Une historienne s’est lancée à la recherche de ces femmes de pouvoir.

De sa création en 939 à son annexion au royaume de France en 1532, le duché de Bretagne1 a connu près d’une trentaine de duchesses.
« Aujourd’hui l’attention se concentre souvent sur Anne de Bretagne. Mais à  trop vouloir en faire l’égérie de la région, on a tendance à laisser dans l’ombre d’autres femmes tout aussi importantes, déplore Laurence Moal, enseignante en histoire et chercheuse associée au Centre de recherche bretonne et celtique de Brest. Les traces qu’elles ont laissées sont nombreuses et variées. Il faut les étudier en s’affranchissant des représentations traditionnelles, très centrées sur les intérêts masculins. » À l’occasion de la parution de son ouvrage Duchesses, histoire d’un pouvoir au féminin en Bretagne2, cette spécialiste du Moyen Âge revient sur six siècles d’influence féminine à la tête de l’un des duchés les plus convoités d’Europe.

Au cœur du pouvoir

À l’époque, une fille de la noblesse pouvait acquérir le titre de duchesse de Bretagne de deux manières : par le mariage avec un duc ou par héritage paternel. « Lorsque le duché “tombait en quenouille”, c’est-à-dire en l’absence d’héritier mâle, le pouvoir revenait à la fille aînée du duc3. » C’est ainsi que Constance de Bretagne a accédé au trône ducal à la fin du 12e siècle. Malgré une vie chaotique, elle a résisté à l’hostilité de trois rois d’Angleterre successifs. Après l’assassinat de son seul fils, sa fille Alix est devenue souveraine à son tour. « Les femmes ont plusieurs fois joué des rôles clés pour la continuité et l’indépendance du duché. » Quand elles n’exerçaient pas directement le pouvoir, les duchesses assuraient les fonctions politiques dévolues aux épouses, comme l’accueil des diplomates, le mécénat religieux et surtout la procréation d’héritiers. Avec la montée en puissance du duché, elles ont pris de plus en plus de place sur la scène internationale. « Leur train de vie somptueux faisait partie d’une véritable stratégie de communication pour renforcer le pouvoir ducal. »

Fenêtre sur l’intimité

Laurence Moal a pu reconstituer ces histoires oubliées en se plongeant dans les archives : « Des testaments recensent les possessions des duchesses et des contrats de mariage montrent les négociations préalables aux unions. » Mais ce sont surtout les images qui ont guidé ses recherches, en lui donnant accès à des informations plus intimes. «  L’étude des œuvres d’art et monuments permet d’entrevoir la conception du monde de leurs commanditaires. Les enluminures4 présentes dans les livres de prières des duchesses ou les vitraux qui ornent les églises et abbayes qu’elles ont fondées illustrent leur sensibilité. » Bien que ces matériaux soient variés, la plupart ne sont pas nouveaux. L’originalité du travail de Laurence Moal réside dans les questions qui ont dirigé ses recherches. « S’interroger sur la condition féminine permet de voir des choses jusqu’alors passées inaperçues. »

ALEXANDRA D’IMPERIO

1. Duché féodal qui englobait le territoire actuel de la Bretagne ainsi que la ville de Nantes et le Pays
de Retz en Loire-Atlantique.
2. Presses universitaires de Rennes, 2021.
3. Coutume relativement répandue en Europe mais qui ne s’appliquait pas au royaume de France.
4. Illustrations artisanales qui décorent un manuscrit.

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