Écrans : quels sont les dégâts ?

Comment bien dormir ?

N° 395 - Publié le 27 décembre 2021
ADOBE STOCK

Magazine

4512 résultat(s) trouvé(s)

L’usage excessif des smartphones compromet de plus en plus la qualité du sommeil, notamment chez les adolescents.

« Les maladies du sommeil ne sont pas fréquentes chez les adolescents. Pour la plupart, les troubles viennent plutôt d’une négligence, souvent liée au smartphone », indique Jérémie Lefranc, pédiatre et spécialiste des troubles du sommeil au CHRU de Brest. Un constat qu’il n’est pas seul à établir. « Les troubles du sommeil chez les enfants et adolescents ont augmenté avec la généralisation de l’usage du téléphone portable. Cette population a plus de mal que les adultes à résister et à prendre du recul sur ces usages numériques », confirme Hélène Olivet, neurologue spécialiste du sommeil à la polyclinique Saint-Laurent à Rennes.

Comportements addictifs

Des études esquissent l’ampleur du phénomène. L’enquête “Sommeil et nouvelles technologies” de l’INSV1, menée auprès de 1013 personnes âgées de 18 à 65 ans en 2015, montrait déjà que 36 % des Français s’adonnent aux écrans le soir au lit, et que 30 % des adolescents accumulent une dette de sommeil. En mars 2021, des chercheurs du King's College de Londres ont mené une étude avec 1 000 étudiants. Résultats : 68,7 % de ceux déclarant des comportements addictifs au smartphone confiaient avoir aussi des troubles du sommeil, contre 57,1 % pour les autres. La crise sanitaire n’a rien arrangé : un rapport2 du défenseur des droits sur la santé mentale des enfants s’inquiète d’une exposition prolongée aux écrans.

Cette perturbation est désormais bien comprise d’un point de vue scientifique. « Elle s’opère à trois niveaux », souligne Hélène Olivet. D’abord, la lumière, en particulier sa composante bleue, inhibe la production de mélatonine, l'hormone du sommeil. De plus, l’usage des smartphones et tablettes favorise le maintien de l’état d’éveil. « Recevoir des notifications ou répondre aux messages s’avère plus stimulant qu’une activité qui n’attend pas de relance comme la lecture », poursuit Jérémie Lefranc. Enfin, les smartphones ont un effet addictif sur certains adolescents. « Ils n’arrivent pas à s’arrêter et décalent progressivement leur horloge interne jusqu’à être totalement éveillés la nuit… Au point que certains ne se lèvent même plus pour l’école. »

Endormissement immédiat

Les médecins n’ont pas de botte secrète. « On ne peut que prodiguer des conseils de bon sens », avoue le spécialiste. Ceux-ci sont bien connus : déconnecter 1 à 2 heures avant le coucher, bannir les écrans de la chambre, respecter des nuits de 8 à 9 heures pour les adolescents. Pour certains patients décalés dans leur cycle de sommeil, les médecins peuvent préconiser de sauter volontairement une nuit pour favoriser un endormissement immédiat lors de la nuit suivante. « Si cela ne suffit pas, un programme progressif peut permettre de regagner 15 minutes de sommeil par nuit. » Des actions sont aussi à mener pour sensibiliser les parents. « Ils doivent donner l’exemple par un usage raisonné des écrans et fixer des limites. »

HUGO LEROUX

1. Institut national du sommeil et de la vigilance.
2. Publié en 2021.

Jérémie Lefranc
jeremie.lefranc@chu-brest.fr

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest