Quel avenir pour l’océan Arctique ?
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Océanographe à Brest, Camille Lique décrypte le fonctionnement de l’océan Arctique afin d’appréhender les changements à venir.
La banquise de l’océan Arctique ne cesse de fondre. En 20 ans, sa superficie a perdu l’équivalent de la surface de l’Europe et son épaisseur a diminué de moitié1. « En fondant, la glace est remplacée par l’océan qui absorbe davantage de chaleur et cause un réchauffement 2 à 4 fois supérieur au pôle », explique Camille Lique, chercheuse en océanographie à l’Ifremer de Brest2. Elle étudie les mutations engendrées par le changement climatique dans le bassin arctique et ses conséquences sur la dynamique océanique. Pour cela, elle analyse les observations in situ et satellitaires des dernières décennies. « L’idée est de mieux comprendre la fonte des glaces et la circulation des courants afin d’améliorer les modèles de prédiction climatique pour l’océan Arctique. »
Tourbillons sous-marins
La dynamique des océans est liée à la densité de l’eau. Lorsque l’eau de surface devient plus dense que celle en profondeur, elle plonge. Cela crée une circulation des masses d’eau à l’origine de la formation de courants. Plusieurs phénomènes influent sur la densité de l’eau de surface et affectent la circulation des courants : les tempêtes, la diminution de la salinité lors du dégel de la banquise, la température… Mais aussi des turbulences océaniques d’origine complexe, des sortes de tourbillons sous-marins peu profonds et larges de quelques dizaines de kilomètres. « Ces tourbillons3 emprisonnent en leur sein de l’eau qui contient du CO2 et de la glace arctique. En rencontrant des obstacles, comme la banquise, ces tourbillons se dispersent. L’eau contenue à l’intérieur est libérée et modifie localement les propriétés du milieu dans lequel elle arrive. »
Difficilement visibles en Arctique en raison de la présence de glace en surface, ces tourbillons ont fait l’objet de la dernière expédition au pôle Nord en septembre. « Nous avons déployé deux flotteurs autonomes dans l’océan. Ils enregistrent les variations de température et de salinité de l’eau entre la surface et 2 000 m de profondeur. » Lorsque ces flotteurs détectent une absence de glace en surface, ils remontent et envoient leurs données aux satellites. « Ils nous renseigneront sur la variabilité spatiale et temporelle des courants. »
Océan et atmosphère
Une autre question demeure : l’océan Arctique est-il un puits ou une source de carbone ? « À l’échelle globale, l’océan absorbe le CO2 et la chaleur générés par le réchauffement climatique. Pour l’Arctique, rien n’est sûr… » D’ici 20 à 30 ans, l’océan sera libre de glace en été, ce qui modifiera les échanges thermiques entre l’océan et l’atmosphère. « La fonte actuelle est plus forte que sa variabilité naturelle. Le réchauffement aux pôles et l’intensité des tempêtes sous nos latitudes s’en trouveront accentués. » Ces changements auront nécessairement des conséquences sur les émissions de gaz à effet de serre. Camille Lique est impatiente de repartir en expédition cet été pour en savoir plus !
1. Passant de 3 m en moyenne à 1,5 m.
2. Et lauréate du prix Christian Le Provost 2021 de l’Académie des sciences.
3. À une température et salinité données.
Camille Lique,
camille.lique@ifremer.fr
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